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Quels sont les effets des interventions de la banque centrale sur le niveau des prix ?

La politique monétaire menée par la Banque centrale a des effets sur l’inflation, c’est-à-dire la hausse...

Sommaire

Pourquoi les banques centrales se préoccupent-elles de l’inflation ?Banque centrale et inflationL'inflation déstabilise le système économiqueExercice 5.19 - L'inflation en Europe de 2000 à 2018
Comment la banque centrale agit-elle sur le niveau général des prix ?Politique monétaire et niveau de prixVidéo - La politique monétaire conventionnelleQuestion 5.9 - Schéma de synthèse d'une hausse du taux directeurQuestion 5.10 - Texte de synthèse d'une baisse du taux directeur
ExercicesExercice 5.20 - Un roi lance 10 pièces de monnaie d’or à ses sujets
Sans croissance de l'offre, une trop grande quantité de monnaie pousse à l'inflation
Exercice 5.21 - Quels liens entre variation du taux d’intérêt directeur et évolution des prix ?
Corrigé - Exercice 5.21
Pour aller plus loinVidéo - La politique monétaire non conventionnelleQuestions sur les politiques monétaires non conventionnellesCorrigé - Politique monétaire non conventionnelle

Pourquoi les banques centrales se préoccupent-elles de l’inflation ?

Banque centrale et inflation

La politique monétaire menée par la Banque centrale a des effets sur l’inflation, c’est-à-dire la hausse durable et généralisée du niveau des prix à la consommation.
Le statut de certaines banques centrales stipule même que la maîtrise de l’inflation doit être leur seul objectif ; c’est le cas, par exemple, de la Banque centrale européenne (BCE). Sur le site de la Banque centrale européenne, on peut lire1:
« Le maintien de la stabilité des prix est la meilleure contribution que puissent apporter les banques centrales à l’amélioration du bien-être de chacun : c’est la raison pour laquelle le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne en fait l’objectif principal de la BCE. Pour y parvenir, la BCE a établi une définition quantitative de la stabilité des prix. Elle vise un taux annuel d’inflation « inférieur à, mais proche de 2 % à moyen terme », tel que mesuré par l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). L’IPCH permet de calculer le niveau de l’inflation d’un pays ; on peut grâce à cet outil procéder à des comparaisons entre les pays européens. »
À l’inverse, le statut de la Fed (banque centrale américaine = Federal Reserve System) stipule que sa mission est la maîtrise de l’inflation, mais aussi la stabilisation de l’activité économique et, donc, de l’emploi.
1 Article 127 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne : « L’objectif principal du Système européen de banques centrales, ci-après dénommé “SEBC”, est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne. Le SEBC agit conformément au principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, en favorisant une allocation efficace des ressources et en respectant les principes fixés à l’article 119. »

L'inflation déstabilise le système économique

Une très forte inflation est coûteuse pour les agents économiques. Repensez à la fonction de la monnaie comme réserve de valeur.
Si les prix doublent au cours d’une année, alors le pouvoir d’achat de votre billet de 20 euros, par exemple, est divisé par deux au cours de la période. Il en va de même pour les salariés ou les retraités dont les salaires ou les pensions ne sont pas forcément directement indexés sur l’inflation1. Leur pouvoir d’achat diminuera de moitié, toutes choses égales par ailleurs, au cours de la période si les prix ont doublé. C’est pourquoi les individus n’apprécient guère en général l’existence d’une inflation très forte et instable.
Sur le site de la Banque centrale européenne, on peut lire2:
Le maintien de la stabilité des prix est la meilleure contribution que puissent apporter les banques centrales à l’amélioration du bien-être de chacun : c’est la raison pour laquelle le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne en fait l’objectif principal de la BCE. Pour y parvenir, la BCE a établi une définition quantitative de la stabilité des prix. Elle vise un taux annuel d’inflation « inférieur à, mais proche de 2 % à moyen terme », tel que mesuré par l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). L’IPCH permet de calculer le niveau de l’inflation d’un pays ; on peut grâce à cet outil procéder à des comparaisons entre les pays européens.
1 Indexer une variable consiste à faire varier cette variable en fonction d’un indice dans le temps. Par exemple, les salaires ou les pensions de retraite sont indexés sur l’inflation s’ils augmentent au moins autant que les prix.
2 Article 127 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne : « L’objectif principal du Système européen de banques centrales, ci-après dénommé “SEBC”, est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne. Le SEBC agit conformément au principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, en favorisant une allocation efficace des ressources et en respectant les principes fixés à l’article 119. »

Exercice 5.19 - L'inflation en Europe de 2000 à 2018

OCDE (2020), Inflation (IPC) (indicateur). Eurostat. Notes : Le taux d’inflation mensuel en glissement annuel mesure les variations d’une date à l’autre : ici, l’inflation est mesurée chaque début de mois par rapport à la même date un an plus tôt (par exemple mars de l’année N par rapport à mars de l’année N-1).
Le graphique ci-dessus montre le taux d’inflation mensuel en glissement annuel en pourcentage dans la zone euro de 1998 à 2018 (données mensuelles).
Peut-on dire que, depuis la création de l’euro en 1999, la BCE a atteint son objectif de stabilité des prix (taux d’inflation proche mais inférieur à 2 % à moyen terme) ? Utilisez les données chiffrées dans votre réponse.

Comment la banque centrale agit-elle sur le niveau général des prix ?

Politique monétaire et niveau de prix

Nous avons observé dans la Section 5.4 que le principal instrument que la banque centrale pouvait utiliser pour faire varier la masse monétaire était le taux d’intérêt directeur. 
Il existe deux types de politique monétaire : la politique monétaire de relance, ou expansionniste, et la politique monétaire de rigueur, ou restrictive.
Une politique monétaire de relance, via la baisse du taux d’intérêt directeur, a pour but de stimuler l’activité économique au risque d’accroître l’inflation, alors qu’une politique monétaire restrictive, via la hausse du taux d’intérêt directeur, a pour but de lutter contre l’inflation au risque de ralentir la croissance économique.
La vidéo « La politique monétaire conventionnelle » montre les canaux de transmission de la politique monétaire sur l’inflation. La banque centrale fixe un taux d’intérêt, qu’on appelle le taux d’intérêt directeur, et ce taux va indirectement influencer les dépenses des ménages (consommation et investissement) et des entreprises (investissement) sur le marché des biens et celui des services.
Une hausse du taux directeur conduit à un ralentissement, voire à une baisse de la demande de biens et de services. En effet, comme nous l’avons vu dans laSection 5.4, le taux directeur de la banque centrale agit sur la quantité de monnaie en circulation dans l’économie par deux principaux canaux de transmission.
Premièrement, en principe les banques de second rang répercutent cette hausse du coût du refinancement sur les taux d’intérêt qu’elles fixent lorsqu’elles octroient des prêts à leurs clients. Ainsi, devant emprunter à un coût plus élevé, toutes choses égales par ailleurs, les entreprises sont désincitées à emprunter pour financer leurs dépenses d’investissement et les ménages pour financer leurs dépenses d’investissement ou de consommation (canal du taux d’intérêt).
Deuxièmement, l’offre de crédit par les banques varie en fonction du taux directeur de la banque centrale. En effet, plus le volume de crédits distribués (l’offre de crédit) est élevé, plus la banque devra faire face à des retraits en billets de la part de ses clients ou risque d’avoir à régler un solde après compensation élevé aux autres banques, et plus elle risque de se trouver en besoin de monnaie centrale (qu’elle devra emprunter aux autres banques ou à la banque centrale). Ainsi, une hausse du taux directeur réduit l’offre de crédit des banques (canal du crédit).
La demande globale composée de la consommation, l’investissement et les exportations baisse. Or, toutes choses égales par ailleurs, sur un marché donné, une baisse de la demande globale a pour conséquence un ralentissement, voire une baisse du niveau général des prix.

Vidéo - La politique monétaire conventionnelle

Question 5.9 - Schéma de synthèse d'une hausse du taux directeur

Question 5.10 - Texte de synthèse d'une baisse du taux directeur


Exercices

Exercice 5.20 - Un roi lance 10 pièces de monnaie d’or à ses sujets

Supposons un roi qui, tous les matins, dans sa grande générosité, lance 10 pièces de monnaie d’or à ses sujets.
  • On suppose aussi que chaque sujet reçoit une pièce d’or.
  • On suppose enfin que pour vivre chaque sujet doit consommer un panier de biens. Dix paniers de biens sont produits chaque jour.
Dans sa grande générosité, le roi décide un matin de lancer 20 pièces de monnaie d’or de son balcon. On suppose alors que chaque sujet dispose désormais de deux pièces d’or.
Chaque sujet espère pouvoir acheter désormais deux paniers et ainsi voir son niveau de vie augmenter. Mais la quantité produite de paniers reste identique. Dix paniers de biens sont produits chaque jour. En effet, les entreprises à court terme ne peuvent pas accroître leur niveau de production du fait de problème de délais liés aux investissements et embauches à réaliser.
1. Appuyez-vous sur les acquis du Chapitre 1 pour caractériser le choc qui se produit dans l’économie lorsque chaque sujet dispose de deux pièces d’or.
2. Quel déséquilibre apparaît dans l’économie ?
3. Comment se résorbe-t-il ?

Sans croissance de l'offre, une trop grande quantité de monnaie pousse à l'inflation

La relation que nous venons de décrire entre la quantité de monnaie en circulation dans l’économie et le niveau général des prix a été mise en évidence par la théorie quantitative de la monnaie formalisée par l’économiste Irving Fisher et qui sera défendue au XXe siècle par des économistes comme Milton Friedman.
Si la hausse de la quantité de monnaie en circulation due à la hausse des crédits distribués conduit à une hausse de la demande globale sans augmentation équivalente de l’offre globale (stable à court terme), le niveau général des prix augmente.

Exercice 5.21 - Quels liens entre variation du taux d’intérêt directeur et évolution des prix ?

Site de la Banque de France pour le taux directeur de la BCE et site Eurostat pour le taux d’inflation.
Le graphique ci-dessus montre le taux d’inflation mensuel en glissement annuel et taux directeur de la BCE (en %) dans la zone euro de 1999 à 2018.
1. Que représente la ligne en pointillé ?
2. Quels liens peut-on faire entre taux d’inflation et taux directeur de la BCE ?
3. En février 2000, le taux directeur de la BCE est de 3,25 % et le taux d’inflation en moyenne annuelle est de 1,6 %. Progressivement, la BCE accroît son taux directeur qui passe en avril 2001 à 4,75 % alors que ce mois-là l’inflation annuelle est de 2,6 %. Expliquez pourquoi sur cette période la BCE a décidé d’accroître son taux directeur.
4. De juin 2003 à novembre 2005, la BCE maintient son taux directeur à 2 %. Pourquoi ?

Corrigé - Exercice 5.21

1. La ligne en pointillé représente l'objectif d'inflation de la BCE, soit 2%.
2. Dans les périodes inflationnistes, du fait d'une demande forte sur le marché des biens, la BCE a tendance à augmenter son taux d'intérêt directeur pour éviter la "surchauffe" de la demande (consommation et investissement) et ainsi lutter contre la hausse des prix. Elle l'a fait par exemple avant la période de crise financière en 2007-2008. En revanche, en période de crise financière et économique, en situation de baisse forte de la demande et de déflation, la BCE a tendance à baisser son taux d'intérêt directeur pour stimuler la consommation et l'investissement et relancer ainsi la demande et l'économie. C'est ce qui explique la forte baisse du taux d'intérêt directeur en 2007-2008 lors de la crise financière. En revanche, on constate que cette action a eu peu d'effet sur la déflation : avec des taux d'intérêt déjà proche de zéro, la BCE n'avait plus de marge de manœuvre pour stimuler la demande par des baisses de taux.  
3.On observe une reprise de l’inflation sur la période allant de février 2000 à avril 2001 et, de manière à contenir la hausse des prix, la BCE a décidé d’accroître son taux directeur de 1,5 point de pourcentage. En effet, l’inflation peut être due au fait que la demande globale augmente plus vite que l’offre. Dès lors, pour ralentir la hausse de la demande globale, la BCE a été amenée à augmenter son taux directeur. Cette politique doit en principe conduire les banques commerciales à répercuter cette hausse sur les taux d’intérêt pratiqués à leurs clients, ce qui réduit la demande de prêts à la consommation ou d’investissement, de ces derniers. Or, si toutes choses égales par ailleurs la demande globale baisse, alors il y a un ralentissement de l’inflation, voire une baisse des prix.
4.Cette politique est logique, car sur cette période les prix sont stables et le taux d’inflation est proche de 2 %. Autrement dit, compte tenu du fait que l’inflation est maîtrisée sur la période, puisque les prix augmentent en moyenne d’environ 2 % par an en glissement mensuel, la BCE laisse son taux d’intérêt inchangé.

Pour aller plus loin

Vidéo - La politique monétaire non conventionnelle

Questions sur les politiques monétaires non conventionnelles

L’une des missions de la banque centrale est la mise en œuvre de la politique monétaire. À ce niveau, on peut distinguer la politique monétaire conventionnelle et la politique monétaire non conventionnelle.
Après avoir regardé la vidéo « La politique monétaire non conventionnelle », répondez aux deux questions suivantes.
1. Pourquoi les banques centrales ont-elles mis en œuvre des politiques monétaires non conventionnelles ?
2. Quelles mesures non conventionnelles les banques centrales ont-elles prises à partir de 2008 ?

Corrigé - Politique monétaire non conventionnelle

1.La crise dessubprimesde 2008 a entraîné une crise de confiance entre les banques de second rang. Elles ont dès lors cessé de se prêter les unes aux autres sur le marché interbancaire. Le marché interbancaire s’est bloqué et ce sont les banques centrales qui ont dû prendre le relais. De plus, on a vu que, en raison de la crise, les banques centrales ont fortement abaissé leur taux directeur afin de relancer la demande globale. Mais l’impact sur l’activité économique des baisses successives des taux directeurs a été jugé insuffisant par les autorités monétaires. Par conséquent, à partir de 2008, au-delà de cette politique monétaire appelée conventionnelle, les banques centrales ont mis en place des mesures « non conventionnelles » pour favoriser l’octroi de crédits par les banques commerciales, lutter contre les risques de déflation ou encore stabiliser les marchés financiers.
2.
a. Éléments de réponse issus de la vidéo :
  • Mise en œuvre par les banques centrales d’une stratégie de communication efficace et transparente qui consiste à annoncer à l’avance les orientations de leurs futures décisions (forward guidance). Une telle stratégie permet aux agents économiques de mieux anticiper et de faire reposer leurs projets sur des perspectives plus stables.
  • Les octrois de prêts aux banques de second rang ont été facilités : satisfaction intégrale de la demande de liquidités et prêts à plus long terme.
  • Intervention directe des banques centrales sur le marché secondaire pour acheter massivement des titres financiers (principalement des obligations d’État) aux banques afin de leur fournir un maximum de liquidités : c’est l’assouplissement quantitatif ouquantitative easing. Le marché secondaire désigne le marché de l’occasion, c’est-à-dire le marché sur lequel on peut acheter ou revendre les actions et les obligations déjà existantes.
b.Éléments de réponse non issus de la vidéo :
Les mesures non conventionnelles comprennent aussi la mise en place de taux d’intérêt négatifs sur les dépôts des banques de second rang sur leur compte à vue à la banque centrale de manière à les inciter à prêter leurs liquidités excédentaires.