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Quels sont les acteurs de la socialisation ?

Il faut savoir que biologiquement les enfants disposent de deux fois plus de papilles que les adultes...

Sommaire

Être gourmand, ça s'apprend ! - La petite histoire
Découvrir : quatre principales instances de socialisationQu'est-ce qu'une instance de socialisation ?Comment la famille est-elle vécue ? - QuestionsLes plateformes préférées des ados américains - QuestionsQu'attendons-nous de l'école ? - GraphiqueQu'attendons-nous de l'école ? - Questions
Comprendre : des instances de socialisation aux rôles complémentaires et parfois contradictoiresLe rôle de la familleLe rôle de l'écoleLe rôle des pairsLe rôle des médias
Aller plus loin : la socialisation au fil du tempsLa socialisation des petits, un processus doux pour apprendre les règles de la société - VidéoL'arrivée en 6ème : l'apprentissage de nouvelles normes et valeurs - VidéoEn carte : la France devient le 56e pays à interdire la fessée - Article« Droit de correction »La Suède pionnière
Synthétiser et retenirConcepts étudiésLa famille et l'école dans la socialisation - SynthèseLes transmissions des différentes instances de socialisation - Synthèse
S'entraînerComment la famille influence-t-elle l'accès aux écrans ? - InfographieFamiliariser les enfants aux écrans tout en les protégeantPrès des trois quarts des enfants de deux ans n’ont pas accès aux écrans numériquesUn enfant sur six, qui avait déjà accès aux écrans à deux ans, intensifie son utilisationUn enfant sur dix, qui avait déjà accès aux écrans à deux ans, diminue son utilisationTel parent, tel enfant : une reproduction intergénérationnelle des rapports aux écransL’importance de « faire avec » les parentsUn effet d’entrainement dans les fratries pour les cadets et les cadettesLiens utilesComment la famille influence l'accès aux écrans - ExerciceComment les réseaux sociaux sont-ils utilisés en fonction de l'âge ? - ExerciceRegardez le règlement intérieur de votre lycée en sociologue - Exercice

Être gourmand, ça s'apprend ! - La petite histoire

Il faut savoir que biologiquement les enfants disposent de deux fois plus de papilles que les adultes. Leurs réactions gustatives sont donc vives. Lorsque l'on est petit, de manière inné, on aime le sucré et on rejette le goût amer car il est associé à du poison.
Mais le plaisir gustatif est-il uniquement biologique ?
Des études indiquent qu'en fonction de l'alimentation de la maman pendant la grossesse, les expériences anténatales de chacun ont été différentes avant même la naissance.
Le mécanisme de la mémoire a donc une place importante dans l'élaboration des goûts et c'est bien notre environnement éducatif qui va former nos préférences gustatives.
En effet, chaque aliment est associé à un souvenir qu'il soit gustatif ou un moment partagé avec d'autres personnes. Le café, c'est bien sûr cette amertume très forte lorsque l'on est petit qui questionne sur la raison pour laquelle les adultes en boivent si souvent. Mais c'est surtout l'odeur du petit-déjeuner avec la famille, l'image d'un parent se réconfortant autour d'un café après une balade pluvieuse, un moment de détente avec des amis lors d'un goûter... De la même façon le vin est associé à des moments festifs ou de partage de repas conviviaux pour le jeune enfant qui n'en a encore jamais goûté.
A force, les papilles vont mémoriser ces différents moments et c'est la somme de ces sensations et émotions gustatives qui feront aimer tel ou tel aliment à l'âge adulte.
Les enfants transposent ainsi des représentations de plaisirs gustatifs dans leurs relations sociales. La gourmandise est donc aussi une expérience sociale : être gourmand, ça s'apprend ! Et nos goûts alimentaires sont parties prenantes de notre identité sociale.

Découvrir : quatre principales instances de socialisation

Qu'est-ce qu'une instance de socialisation ?

Dans notre vie quotidienne, nous avons des échanges avec de très nombreuses personnes différentes : nos parents, nos amis, nos professeurs, nos collègues de travail...
Nous les rencontrons dans des lieux et des pratiques : dans les salle de cours, à la maison, au sport, sur les réseaux sociaux...
Toutes ces personnes contribuent à notre socialisation : ce sont desinstances de socialisation.
Une instance de socialisation correspond ainsi à une entité, on dit également un agent, qui effectue un processus de socialisation en transmettant des normes et des valeurs.  
Il en existe quatre principales :
  • la famille ;
  • les pairs ;
  • les médias ;
  • l’école.
Chaque instance de socialisation transmet des normes et des valeurs plus ou moins différentes. En ce sens, elles peuvent se compléter ou entrer en conflit.

Comment la famille est-elle vécue ? - Questions

En vous basant sur le graphique, répondez aux questions suivantes : 
1. Que signifie « se sentir bien et détendu » au sein de la famille ?
2. Comment pouvez-vous caractériser l'évolution de ce sentiment. Relevez des données chiffrées pour étayer votre propos.

Les plateformes préférées des ados américains - Questions

1. Comment expliquer que Snapchat et Instagram soient les plateformes les plus utilisées par les jeunes américains ?
2. Avec qui les jeunes sont-ils en contact sur ces réseaux ? 

Qu'attendons-nous de l'école ? - Graphique

Qu'attendons-nous de l'école ? - Questions

1. Quelles valeurs l’école est-elle censée transmettre aux enfants selon leurs parents ? Pour répondre, citez des données du graphique.
2. Qu’en pensez-vous ? Par quelle autre instance de socialisation ces valeurs sont-elles censées être transmises ?
3. L’école et la famille transmettent-elles toujours les mêmes normes et valeurs ? Illustrez votre réponse par des exemples.

Comprendre : des instances de socialisation aux rôles complémentaires et parfois contradictoires

Le rôle de la famille

La famille est au cœur du processus de socialisation. Elle est présente dès les premiers instants de la vie et reste présente à tous les âges. D'autres instances vont venir la compléter ou lui mener concurrence en parallèle.
La fratrie, constituée des frères et sœurs, est fondamentale car leurs comportements sont considérés comme des exemples, des modèles à suivre ou non, initiateurs de comportements. À travers l'approbation des ainés ou la moquerie et la chamaillerie, les frères et sœurs influencent le développement de certains goûts.
Au sein même de la famille, il existe donc une pluralité de rôles et de processus de socialisation : les parents, les cousins, les frères et sœurs, les grands-parents... 

Le rôle de l'école

L'école est l'instance de socialisation qui s'organise autour des savoirs, ainsi que de la transmission du bien-vivre ensemble.
L'allongement du temps de scolarité, la précocité de la scolarisation, mais aussi sa massification ont donné à l'institution scolaire une place très importante. 
Les jeunes y passent plus de la moitié de l'année ! Depuis 2008 et l'évolution des rythmes scolaires, on considère que les enfants passent 36 semaines complètes à l'école chaque année.
Et ils y restent longtemps ! L’espérance de scolarisation à 2 ans, c’est-à-dire la durée moyenne d’études à partir de l’âge de 2 ans, se situe aujourd'hui autour de 18,5 années. Elle n'était que de 16,9 années en 1985.
L'école « fabrique les élèves » en façonnant l'image du bon ou du mauvais élève.
L'objectif de l'école est triple : socialiser, éduquer et être utile (rentable économiquement au regard du temps investi).

Le rôle des pairs

À l’école et pendant leurs loisirs, les enfants et les jeunes fréquentent d’autres individus qui ont le même âge et le même statut qu’eux : ce sont leurs pairs. Ensemble, les enfants et les jeunes se transmettent des normes et des valeurs différentes de celles issues de la famille et des professeurs. C’est particulièrement sensible chez les adolescents par exemple.
Aujourd'hui, avec le développement des réseaux sociaux en ligne et le fait que les jeunes y aient accès de plus en plus tôt sur leur téléphone portable personnel, les pairs jouent un rôle croissant dans la socialisation.

Le rôle des médias

Les médias transmettent eux aussi des normes et des valeurs : suivre telle ou telle mode vestimentaire, découvrir une recette de cuisine ou un nouveau groupe de musique…
Même si certains médias reculent, comme l'écoute de la radio ou la lecture du journal, les enfants et les jeunes passent de plus en plus de temps devant les écrans.

Aller plus loin : la socialisation au fil du temps

La socialisation des petits, un processus doux pour apprendre les règles de la société - Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=CIc3uJNg_BY

https://www.youtube.com/watch?v=CIc3uJNg_BY

L'arrivée en 6ème : l'apprentissage de nouvelles normes et valeurs - Vidéo

Après avoir regardé la vidéo, expliquez en quoi l'entrée au collège conduit à l'apprentissage de nouvelles valeurs et normes par les jeunes.

En carte : la France devient le 56e pays à interdire la fessée - Article

La fessée est désormais interdite en France. Le Parlement a adopté définitivement, mardi 2 juillet, par un ultime vote du Sénat, une proposition de loi déjà votée par l’Assemblée nationale visant à interdire les« violences éducatives ordinaires ».Il s’agit d’inscrire dans le Code civil, à l’article lu à la mairie lors des mariages, que« l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques ».
Ce n’est pas la première fois que les députés et sénateurs se prononcent sur le sujet, mais la précédente tentative s’est soldée par un échec. L’article 22 du projet de loi égalité et citoyenneté,adopté le 22 décembre 2016, qui interdisait les« traitements cruels et dégradants », y compris les« violences corporelles », avait été censuré par le Conseil constitutionnel, car il était sans rapport avec la loi.

« Droit de correction »

Jusqu’à présent, le droit français autorisait un« droit de correction » des enfants au sein des familles, alors même que les punitions corporelles étaient déjà interdites à l’école et dans l’armée. La France a pourtant signé la Charte européenne des droits sociaux, qui précise que les Etats doivent« protéger les enfants et les adolescents contre la négligence, la violence ou l’exploitation ». En mars 2015, elle avait été condamnée par le Conseil de l’Europe au motif qu’elle «ne prévoit pas d’interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels».
La France devient donc le 32e des 47 pays membres du Conseil de l’Europe à proscrire tout châtiment corporel à l’encontre des enfants. Ils sont au total 56 à travers le monde, selon le recensement de l’association End Corporal Punishment, qui se réjouit d’une progression rapide ces dernières années.

La Suède pionnière

Le premier pays à faire entrer dans la loi l’éducation non violente est la Suède, qui a légiféré dès 1979, suivie rapidement par ses voisins finlandais (1983) et norvégien (1987). Des législations similaires ont ensuite été adoptées dans le nord de l’Europe (l’Autriche en 1989, le Danemark en 1997, l’Allemagne en 2000, etc.) et parmi les anciens Etats du bloc de l’Est (la Lettonie en 1998, la Croatie en 1999, la Bulgarie en 2000, etc.).
Une carte du monde des Etats interdisant les châtiments corporels montre que la question émerge également hors d’Europe, notamment en Amérique latine (en Uruguay et au Venezuela en 2007, suivis du Costa Rica, du Honduras, du Brésil et de l’Argentine) et dans plusieurs pays d’Afrique (Togo, Kenya, République du Congo, Soudan du Sud, etc.).
La Nouvelle-Zélande est le premier pays anglophone à interdire les châtiments corporels, alors que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni s’y refusent. Parmi les Etats américains, dix-neuf autorisent encore les punitions physiques dans les écoles.
L'Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO), qui recense les pays abolitionnistes, estime toutefois que la législation« n’est qu’un premier pas » insuffisant si elle n’est pas assortie de mesures permettant son application.
La loi adoptée mardi ne comporte aucune mesure de sanction, prévoyant« la prévention des violences éducatives ordinaires » dans le code de l’action sociale et des familles, et des formations pour les assistantes maternelles.
Source :Le Monde, Anne-Aël Durand, 2 juillet 2019.

Synthétiser et retenir

Concepts étudiés

Instance de socialisation :Une instance de socialisation est un agent ayant pour rôle la mise en œuvre du processus de socialisation. Les quatre principales instances de socialisation sont la famille, les pairs, l'école et les médias.

La famille et l'école dans la socialisation - Synthèse

Comment la famille et l'école contribuent-elles à la socialisation des enfants ?
Rédigez un paragraphe AEI pour répondre à cette question.

Les transmissions des différentes instances de socialisation - Synthèse

Pour chaque instance de socialisation, indiquez des exemples de transmission.

S'entraîner

Comment la famille influence-t-elle l'accès aux écrans ? - Infographie

Familiariser les enfants aux écrans tout en les protégeant

Les normes institutionnelles concernant les relations des enfants en bas âge avec les écrans sont principalement placées sous les auspices de la prévention des risques : la règle du « pas d’écran avant 3 ans », puis celle du « un temps très limité et accompagné jusqu’à 6 ans » prévalent, que ce soit dans l’avis de l’Académie des sciences,L’enfant et les écrans (2013), dans celui des Académies de médecine, des sciences et des technologies,L’enfant, l’adolescent, la famille et les écrans (2019), au conseil de l’Éducation nationale, qui édite leGuide de la famille tout écran depuis 2017, ou encore dans les campagnes « Enfants et écrans », menées depuis 2008 par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ces avis reprennent la règle dite « 3-6-9-12 » (pas d’écran avant 3 ans puis à chaque âge ses appropriations), formalisée par le psychologue Serge Tisseron [Ouvrir dans un nouvel ongletTisseron, 2018].
Dans ces avis, les écrans numériques (ordinateurs ou tablettes) bénéficient d’un traitement moins défavorable que la télévision, au motif que les premiers permettent une interactivité, tandis que la seconde favoriserait la passivité. Cette distinction, très couramment mobilisée dans le débat public, est cependant à nuancer : les enfants utilisent souvent les tablettes pour visionner des contenus télévisuels, tandis que de plus en plus de télévisions sont connectées, donc potentiellement interactives. De plus, l’interactivité n’est pas systématiquement valorisée, comme le suggèrent les discours critiques des jeux vidéo aussi, voire plus, virulents que ceux sur la passivité supposée du téléspectateur [Ouvrir dans un nouvel ongletMauco, 2013]. Enfin, si les outils numériques apparaissent comme des écrans bien plus légitimes (et bien moins « dangereux ») que la télévision, c’est aussi qu’une valeur de modernité leur est accordée, tandis que le petit écran continue d’être considéré comme un « mauvais objet culturel » [Ouvrir dans un nouvel ongletPasquier, Rebillard, 2021].
Cette étude se concentre sur les trajectoires d’accès et d’utilisation des ordinateurs et tablettes des jeunes enfants, en les mettant en regard des consommations télévisuelles. Certains travaux de recherche montrent que les appropriations des outils numériques varient selon les milieux sociaux [Ouvrir dans un nouvel ongletPasquier, 2019]. Les milieux populaires en favorisent l’accès à leurs enfants à la fois pour « faire famille » (c’est-à-dire pour maintenir et resserrer les liens inter et intragénérationnels), mais aussi pour se doter des instruments d’une modernité à laquelle leur propre activité professionnelle ne les familiarise pas [Ouvrir dans un nouvel ongletPasquier, 2018], tandis que les catégories supérieures sont plus protectrices [Ouvrir dans un nouvel ongletBerthomier, Octobre, 2019a ; Ouvrir dans un nouvel ongletOctobre, 2004]. L’analyse du temps passé par les enfants devant les écrans numériques à partir des données de l’étude longitudinale française depuis l’enfance (Elfe) (source) montre une réalité plus complexe. La cohorte Elfe, qui suit des enfants nés en 2011, permet en effet de mettre en évidence la diversité des utilisations du numérique et de son évolution au cours des six premières années de vie des enfants en fonction des contextes familiaux et sociaux.

Près des trois quarts des enfants de deux ans n’ont pas accès aux écrans numériques

La part des enfants utilisateurs des écrans numériques (ordinateurs ou tablettes) augmente au cours des six premières années de la vie (figure 1). À deux ans, les enfants non utilisateurs – qu’ils ne soient pas équipés à domicile ou qu’ils n’y aient pas accès – sont largement majoritaires (73 %). Cette proportion se réduit ensuite à 58 % à trois ans et demi, puis à 46 % à cinq ans et demi. À cet âge, plus d’un enfant sur cinq est un utilisateur modéré des écrans numériques, y consacrant entre 10 et 30 minutes par jour en moyenne. Entre deux ans et cinq ans et demi, la part des forts utilisateurs (entre 30 et 60 minutes) est multipliée par 4, passant de 4 % à 16 %, et celle des très forts utilisateurs (plus d’une heure) par 10, passant de 1 % à 10 %.
tableauFigure 1 – Utilisation des écrans numériques (ordinateurs et tablettes) selon l’âge de l’enfant
en %
graphiqueFigure 1 – Utilisation des écrans numériques (ordinateurs et tablettes) selon l’âge de l’enfant
Près de deux enfants sur cinq n’utilisent aucun écran numérique entre deux ans et cinq ans et demi
Six types de trajectoire d’utilisation quotidienne se dégagent durant les six premières années de vie de l’enfant : une « trajectoire de non-utilisation » (absence d’utilisation des écrans de deux ans à cinq ans et demi), trois « trajectoires de découverte » (enfants non utilisateurs à deux ans, développant ensuite leur utilisation à un rythme différent), une « trajectoire d’intensification de l’utilisation » des écrans (avec une consommation dès deux ans qui s’accroît par la suite) et enfin, une « trajectoire de baisse de l’utilisation » (avec un temps important consacré aux écrans à deux ans qui diminue ensuite) (figure 2).
tableauFigure 2 – Répartition des trajectoires d’utilisation des écrans numériques (ordinateurs et tablettes) durant les 6 premières années de vie
graphiqueFigure 2 – Répartition des trajectoires d’utilisation des écrans numériques (ordinateurs et tablettes) durant les 6 premières années de vie
La « trajectoire de non-utilisation » des écrans numériques est la plus fréquente : 38 % des enfants sont maintenus à l’écart des écrans numériques, ordinateurs ou tablettes, durant leurs six premières années de vie, bien que la plupart d’entre eux vivent dans des foyers qui en sont équipés. Ces enfants ne se reportent pas sur le smartphone, puisqu’à cinq ans et demi, 81 % n’en utilisent jamais (comme écran ou pour téléphoner), contre 75 % des enfants en moyenne. De plus, ils regardent légèrement moins la télévision que l’ensemble des enfants : 42 minutes par jour à deux ans et 60 minutes à cinq ans et demi (contre respectivement 47 minutes et 65 minutes).
Plus d’un enfant sur trois commence à utiliser des écrans numériques entre deux ans et cinq ans et demi
Les trois trajectoires de découverte numérique regroupent 35 % des enfants, non‑utilisateurs à deux ans et pour qui l’utilisation des tablettes ou ordinateurs est intégrée de manière plus ou moins progressive dans les loisirs au fil de l’avancée en âge.
La « trajectoire de découverte à pente douce », vers une utilisation faible à cinq ans et demi, rassemble 4 % des enfants. À trois ans et demi, ils passent en moyenne entre 5 et 6 minutes par jour devant les écrans numériques, durée qui n’augmente que d’une minute dans les deux années suivantes (figure 3). Ces enfants sont les moins consommateurs parmi ceux qui utilisent les écrans numériques. Ils regardent également moins longtemps la télévision : en moyenne 34 minutes par jour à deux ans et 44 minutes à cinq ans et demi. Néanmoins, 24 % de ces enfants utilisent un smartphone quotidiennement à cinq ans et demi, ce qui les situe dans la moyenne.
La « trajectoire de découverte à pente modérée », vers une utilisation modérée à cinq ans et demi, rassemble 15 % des enfants. À trois ans et demi, ces enfants utilisent ordinateurs ou tablettes en moyenne 11 minutes par jour, puis leur temps d’utilisation double durant les deux années suivantes, et atteint 21 minutes par jour à cinq ans et demi. Cependant, ils consacrent un peu moins de temps que la moyenne des enfants à regarder la télévision : en moyenne 45 minutes à deux ans et 55 minutes à cinq ans et demi. À cinq ans et demi, 23 % d’entre eux utilisent un smartphone, ce qui les situe dans la moyenne.
Enfin, la « trajectoire de découverte à pente raide », vers une utilisation élevée ou très élevée à cinq ans et demi, rassemble 16 % des enfants. Ces derniers, eux aussi non‑utilisateurs d’écrans numériques à deux ans, y consacrent déjà 25 minutes par jour en moyenne à trois ans et demi et 72 minutes par jour à cinq ans et demi. Au total, ils deviennent les enfants passant le plus de temps devant les écrans numériques, avec 22 minutes d’utilisation quotidienne de plus que les enfants qui suivent une « trajectoire d’intensification de l’utilisation des écrans », et un temps passé devant l’ordinateur ou la tablette 11 fois plus élevé que celui des enfants inscrits dans une « trajectoire de découverte en pente douce ». Leur utilisation en forte hausse des écrans numériques s’accompagne d’une utilisation plus fréquente du smartphone : à cinq ans et demi, 31 % l’utilisent, contre 25 % en moyenne. Les enfants qui empruntent cette trajectoire sont également en moyenne ceux qui regardent le plus la télévision : 61 minutes par jour à deux ans et 79 minutes à cinq ans et demi.
tableauFigure 3 – Durée d’utilisation quotidienne moyenne des écrans numériques (ordinateurs et tablettes) selon l’âge de l’enfant et sa trajectoire d’utilisation
en minutes
graphiqueFigure 3 – Durée d’utilisation quotidienne moyenne des écrans numériques (ordinateurs et tablettes) selon l’âge de l’enfant et sa trajectoire d’utilisation

Un enfant sur six, qui avait déjà accès aux écrans à deux ans, intensifie son utilisation

La « trajectoire d’intensification de l’utilisation » des écrans numériques rassemble 16 % des enfants. Leur durée d’utilisation moyenne des écrans à deux ans est de 21 minutes par jour et atteint 50 minutes par jour à cinq ans et demi, soit plus du double. Ils deviennent ainsi les enfants qui utilisent le plus les écrans, après les enfants suivant une « trajectoire de découverte à pente raide ». Ces enfants sont par ailleurs ceux qui ont le plus souvent accès aux smartphones puisque, à cinq ans et demi, 35 % en utilisent tous les jours et 8 % y consacrent plus de 30 minutes en moyenne, temps qui s’ajoute à ceux des autres écrans. Cette forte utilisation des écrans numériques ne s’accompagne cependant pas d’une forte consommation de télévision : ils la regardent 49 minutes par jour à deux ans et 65 minutes à cinq ans et demi, soit des durées proches de la moyenne (respectivement 47 minutes et 65 minutes). Pour ces enfants, l’intensification reste donc centrée sur les écrans numériques.

Un enfant sur dix, qui avait déjà accès aux écrans à deux ans, diminue son utilisation

La dernière trajectoire est plus atypique. Elle concerne des enfants forts consommateurs d’écrans numériques à deux ans (23 minutes en moyenne par jour) qui réduisent leur durée d’utilisation par la suite. Cette « trajectoire de baisse d’utilisation » des écrans numériques n’est pourtant pas exceptionnelle : elle rassemble 11 % des enfants. Ces enfants réduisent leur temps d’écrans numériques essentiellement au moment de l’entrée à l’école. En effet, à trois ans et demi, ils ne consacrent déjà plus que 16 minutes en moyenne par jour aux tablettes ou ordinateurs, puis 15 minutes à cinq ans et demi. Ces enfants deviennent ainsi en moyenne moins utilisateurs d’écrans numériques à cinq ans et demi que ceux de la plupart des autres trajectoires. La réduction de leur durée d’utilisation des tablettes et ordinateurs ne s’accompagne pas d’un report vers les smartphones, puisqu’ils ne les utilisent pas plus que la moyenne des enfants à cinq ans et demi (un quart d’entre eux en utilise un quotidiennement). Le temps devant la télévision ne diminue pas quant à lui : en moyenne 47 minutes par jour à deux ans et 60 minutes à cinq ans et demi, soit des durées proches de la moyenne.

Tel parent, tel enfant : une reproduction intergénérationnelle des rapports aux écrans

Les six trajectoires d’utilisation des écrans numériques ne se distribuent pas aléatoirement au sein de la société. Leur répartition varie tout d’abord selon les rapports (plus ou moins distants) que les parents entretiennent avec les écrans, aussi bien tablettes ou ordinateurs, que smartphones et télévision. Les enfants dont la mère (ou le père) n’utilise jamais ou rarement (une à deux fois par mois) les écrans numériques pour leurs loisirs suivent plus souvent que les autres une « trajectoire de non-utilisation » : respectivement 49 % et 43 % continuent à n’utiliser aucun écran numérique à cinq ans et demi lorsqu’il s’agit de la mère, 46 % et 44 % lorsqu’il s’agit du père, soit entre 13 et 17 points de plus que les enfants dont la mère (ou le père) y passe plus de d'une heure et demie par jour en moyenne pour le loisir (figure 4). De même, 42 % des enfants dont la mère (ou le père) ne regarde jamais la télévision suivent la « trajectoire de non-utilisation » numérique, contre 32 % des enfants dont la mère (ou le père) y consacre plus de trois heures par jour.
tableauFigure 4 – Trajectoire d’utilisation des écrans numériques selon le profil sociodémographique et les exemples parentaux aux deux ans de l’enfant
Cette reproduction des exemples parentaux se retrouve également dans les situations de forte utilisation des écrans : 21 % des enfants dont la mère (19 % pour le père) passe plus de 1h30 par jour devant les écrans numériques pour le loisir suivent une « trajectoire d’intensification » du temps passé devant les écrans, contre 12 % des enfants dont la mère (11 % le père) n’utilise jamais d’ordinateur, de tablette ou de smartphone pour le loisir. De même, les enfants dont la mère (ou le père) est une forte consommatrice de télévision empruntent 1,5 fois plus souvent cette trajectoire que ceux dont la mère (ou le père) ne regarde jamais ou presque la télévision (respectivement 20 % contre 14 % et 19 % contre 12 %). Les enfants dont la mère consacre beaucoup de temps aux écrans numériques ou à la télévision suivent aussi plus souvent une « trajectoire de découverte à pente raide » (8 points de plus que ceux dont la mère n’utilise jamais ou presque d’écrans), mais ce n’est pas le cas avec l’exemple paternel.

L’importance de « faire avec » les parents

Les trajectoires dépendent également de la manière dont les parents ont initié leur enfant aux écrans. Les enfants dont la mère (ou le père) ne regardait que rarement ou jamais la télévision ou un autre écran avec eux quand ils avaient un an restent un peu plus souvent que les autres à distance des écrans à cinq ans et demi (44 % et 43 %, contre 38 % en moyenne) et connaissent davantage une « trajectoire de découverte à pente douce » (5 % et 6 %, contre 4 %). Le poids de cette socialisation précoce se donne surtout à voir dans les trajectoires de forte hausse d’utilisation d’écrans numériques. Par rapport aux enfants qui ne regardaient que rarement ou jamais un écran avec leurs parents lorsqu’ils avaient un an, ceux qui en regardaient souvent suivent nettement plus fréquemment une « trajectoire de découverte à pente raide » (23 % et 21 % des enfants qui en regardaient souvent avec respectivement leur mère ou leur père, contre 12 % parmi les autres) ou une « trajectoire d’intensification d’utilisation des écrans numériques » (21 % et 20 % contre 13 %).
Ces résultats de l’enquête Elfe font écho à d’autres recherches concernant les processus de socialisation à la culture des adolescents [Ouvrir dans un nouvel ongletOctobreet al., 2010] : si l’apprentissage par l’exemple joue un rôle majeur dans le rapport aux écrans des enfants et dans l’évolution du temps passé devant l’ordinateur, la tablette et le smartphone, l’initiation culturelle, et plus précisément le fait de regarder la télévision ou un autre écran avec eux, contribue également à la formation précoce de leurs goûts pour ces pratiques.
Les trajectoires de découverte à pente raide plus répandues dans les milieux non‑diplômés, celles à pente douce dans les milieux diplômés
Au‑delà des exemples parentaux, le contexte social et culturel dans lequel vivent les enfants intervient sur la manière dont leur utilisation d’écrans numériques évolue durant les six premières années de la vie. Les enfants dont la mère n’a aucun diplôme empruntent bien plus souvent une « trajectoire de découverte à pente raide » que ceux dont la mère a un diplôme de niveau supérieur à bac+2 (24 % contre 10 %). À l’inverse, ils suivent moins fréquemment que ces derniers une « trajectoire de découverte à pente douce » (2 % contre 6 %) ou de « baisse d’utilisation » des écrans numériques (9 % contre 13 %). En d’autres termes, plus le niveau de diplôme de la mère est élevé, plus l’utilisation des écrans par les enfants apparaît contrôlée dans le cadre familial. Les écarts d’utilisation des écrans selon le niveau de diplôme du père sont en revanche moins importants.
Les enfants des milieux économiquement favorisés, plus enclins à intensifier ou à diminuer leur utilisation d’écrans numériques
Les enfants des fractions non qualifiée et qualifiée des classes populaires suivent deux fois plus souvent que les enfants des fractions intellectuelles et économiques des classes supérieures une « trajectoire de découverte à pente raide » (respectivement 22 % et 19 %, contre 10 % et 11 %), et inversement deux fois moins souvent une « trajectoire de découverte à pente douce » (3 % et 2 %, contre 7 % et 5 %). Toutefois, tous les enfants des classes populaires n’empruntent pas les mêmes trajectoires : les enfants de la fraction qualifiée sont également bien plus enclins à suivre une « trajectoire de découverte à pente modérée » que ceux de la fraction non qualifiée (16 % contre 10 %).
Au sein des classes supérieures, les trajectoires divergent cependant selon que domine le capital économique ou culturel. Les enfants de la fraction intellectuelle des classes supérieures sont plus enclins à maintenir leur distance aux écrans (40 %) ou à s’engager dans une « trajectoire de découverte à pente douce » (7 %) que ceux de la fraction économique (respectivement 33 % et 5 %). Ces derniers se distinguent quant à eux par une consommation des écrans numériques déjà présente à deux ans, et donc par une surreprésentation dans les trajectoires d’intensification (22 %, contre 17 % dans la fraction intellectuelle) et de baisse du temps consacré aux écrans (15 % contre 10 %). Par ailleurs, au sein de la fraction économique des classes supérieures, les enfants dont la mère est plus diplômée suivent plus souvent une trajectoire de baisse d’utilisation que d’intensification. Dans ces familles davantage dotées en ressources culturelles, l’entrée à l’école de l’enfant s’accompagnerait ainsi d’une réorientation des stratégies éducatives en ce qui concerne les écrans, le contrôle des pratiques enfantines devenant plus fort, favorisant une baisse du temps alloué aux écrans qui était initialement très élevé.

Un effet d’entrainement dans les fratries pour les cadets et les cadettes

Les cadets ou cadettes sont plus enclins que les aînés et les enfants uniques à s’inscrire dans une « trajectoire de découverte à pente modérée » (17 %, contre respectivement 11 % et 12 %) ou « raide » (18 %, contre respectivement 11 % et 13 %). Ils paraissent bénéficier d’un effet d’entraînement, leurs grands frères et grandes sœurs les initiant à l’ordinateur ou à la tablette.
À l’inverse, les aînés sont plus souvent maintenus à distance des écrans numériques que leurs cadets, et même que les enfants uniques (46 %, contre 36 % et 39 %). Leurs frères et sœurs étant trop jeunes pour être initiés aux pratiques numériques, ils en sont eux-mêmes écartés, notamment lorsque celles-ci sont fortement encadrées par les parents. De nombreux travaux ont souligné que les comportements, pratiques et attitudes des aînés étaient plus encadrés et plus suivis par les parents que ceux des cadets. Cette plus grande attention aux premiers nés, liée à une plus grande disponibilité, s’accompagne d’un investissement parental plus grand qui favorise, d’une part, le suivi des recommandations institutionnelles, et, d’autre part, le développement des compétences cognitives et sociales [Ouvrir dans un nouvel ongletConley, 2000 ; Ouvrir dans un nouvel ongletPrice, 2008].
Enfin, les enfants uniques semblent emprunter un peu plus souvent que les autres enfants une « trajectoire d’intensification d’utilisation des écrans numériques » (18 % contre 16 % en moyenne). Cette tendance à l’augmentation du temps passé devant l’ordinateur ou la tablette peut trouver son origine dans la nécessité d’occuper l’enfant pendant que les parents (notamment la mère) s’occupent de préparer le repas ou d’effectuer les autres tâches du travail domestique ou de soin.
L’évolution des pratiques d’utilisation des écrans numériques est principalement liée aux exemples parentaux
Les logiques de socialisation au numérique sont relativement indépendantes des logiques de socialisation télévisuelle. En effet, une analyse en régression multinomiale montre que, à milieu social et consommation numérique des parents identiques, les exemples parentaux en matière d’utilisation de la télévision n’influencent pas les trajectoires d’utilisation des écrans numériques des enfants, contrairement aux exemples parentaux concernant l’utilisation des écrans numériques.
En revanche, c’est la socialisation précoce et l’initiation parentale qui pèsent le plus sur les trajectoires numériques des enfants. En effet, une durée élevée d'utilisation des écrans par les parents augmente très fortement la probabilité que les enfants soient exposés aux écrans dès 2 ans, ainsi que celle d'emprunter les trajectoires d'intensification de l'utilisation et de baisse, dans la mesure où elles sont principalement associées à cette consommation précoce.
Les deux parents ont parfois une influence différenciée : une durée d’utilisation plus élevée de la mère augmente la probabilité d’une trajectoire de découverte avec une pente modérée à raide, quand la durée d’utilisation du père n’a pas d’impact significatif sur les trajectoires de découverte.

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