"La différence des talents naturels chez des hommes différents est, en réalité, beaucoup plus faible que nous le croyons ; et les talents très différents qui paraissent distinguer des hommes, une fois parvenus à la maturité, de professions différentes, est bien souvent moins la cause que l’effet de la division du travail. La différence entre les caractères les plus dissemblables, entre un philosophe et un quelconque portefaix, par exemple, semble provenir moins de la nature que de l’habitude, la coutume et l’éducation. A leur arrivée en ce monde, et durant les six ou huit premières années de leur existence, ils étaient, peut-être, très semblables, et ni leurs parents ni leurs camarades de jeu ne pouvaient percevoir de différence notable. Mais vers cet page, ou peu après, on a commencé à les employer à différentes occupations. La différence des talents commence alors à se remarquer, et s’approfondit par degrés, au point que la vanité du philosophe rechigne à reconnaître la moindre ressemblance. Mais sans la disposition des hommes à commercer, à échanger et à négocier chacun aurait dû se procurer ce qu’il désirait de nécessaire et d’agréable. Chacun aurait eu les mêmes devoirs à accomplir et le même travail à faire, et il n’y aurait nulle différence d’emploi comme celle qui, seule, fournit l’ocasion d’une grande différenciation des talents."