Rappel de la problématique :
Dans quelle mesure les débats suscités par les prix littéraires interrogent-ils la circulation et la réception des œuvres ? Que disent-ils des regards que l'on peut porter sur la littérature et sur les époques dans lesquelles ils s'élèvent ?
- Quelles comparaisons pouvez-vous établir entre les deux œuvres primées? (écriture, thématiques, personnages, dimensions sociale, politique, philosophique ?)
- Comment les journalistes ont-ils réagi au moment de l'obtention du prix 1975 ?Au moment de la révélation de la supercherie ?
- Qu'auriez-vous ressenti à la place des lecteurs en découvrant la supercherie après en avoir été victime?
- Que montre cette mystification sur :- le lien entre l'écrivain et ses lecteurs public ;- le besoin qu'un écrivain peut avoir de s'affranchir d'un système littéraire pour s'assurer de son talent ;- l'emballement médiatique autour de la personne de l'écrivain et le caractère publicitaire de la mystification ;- la personnalité de R. Gary et ses doutes existentiels ;- le talent de R. Gary capable d'écrire des livres aussi « différents » ?
- Pour vous, est-il important de connaître l'auteur pour apprécier un livre ?
Bilan - Coup de pouce
Pistes de réflexion et d'organisation
1. Du côté de l'auteur
- La dimension promotionnelle par la création d'une énigme médiatique (qui est l'auteur ?) susceptible d'entretenir l'attrait pour le roman.
- Pensez à d'autres situations d'artistes « mystères » (Banksy) qui cultivent cet anonymat au service d'une notoriété paradoxale.
- La création d’un lien direct entre l’œuvre et son public (échapper au « système »), la suppression d'un héritage encombrant (comparaison avec des œuvres antérieures) ou du poids des critiques.
- La volonté de subvertir un certain ordre (littéraire) établi par le montage de la mystification et de dénoncer un « système » de prix, de reconnaissance institutionnelle.
2. Du côté des lecteurs
- La curiosité : le goût du mystère, la volonté de mener l'enquête, de « savoir » qui est l'auteur.
- La colère contre le sentiment d'être « piégé », « trahi ».
- L'admiration de l'audace de l'auteur et de sa capacité à renouveler son travail en osant des thématiques et une écriture réinventées (sorte de prise de risque).
- La reconnaissance de la fertilité de l'imagination de R. Gary ; mise en abyme : le créateur se créé lui-même.
- Une forme d'empathie pour les inquiétudes de R. Gary, ses doutes, le vertige de ce dédoublement (la métaphore du serpent et de sa mue présente dans le romanGros-Câlin) ; questionner la dimension existentielle ou pathologique (sorte de dédoublement de la personnalité ; l'hypothèse psychanalytique : lien avec l'amour maternel et le décès de cette dernière à l'âge qu'a R. Gary).
3. La comparaison des deux œuvres (Les Racines du cieletLa Vie devant soi)
- L'écriture, le « style » (à mettre en relation avec l'interview de R. Gary surLes Racines du Ciel; la langue de l'auteur ou du personnage).
- Les points de vue dans chacun des romans et le regard sur le monde (adultes, enfants).
- Les thématiques abordées (dimension « écologique », sociale, philosophique).
- Peut-on entendre une « voix de l'auteur commune », malgré tout ?
Bilan - Activité
Vous rédigerez un écrit structuré et rédigé en reprenant les éléments de réflexion proposés ci-dessous.
- Parmi les mots suivants, lequel privilégieriez-vous pour résumer cette affaire ? Pourquoi ?
- Que retenez-vous de cette imposture ?
- D'après vous, quelles raisons ont pu pousser Romain Gary à s'inventer un alter ego ? Puis à refuser le prix de 1975 ?
- Pour étoffer votre réflexion, vous pouvez vous documenter sur l'intrigue du romanGros-Câlin, signé par Émile Ajar et publié en 1974.
- De quels mythes célèbres, en lien avec la création, pourriez-vous rapprocher cette histoire ?
- Que nous dit-elle du jeu de la vérité et du mensonge en matière de circulation des œuvres ?
- Quels impacts a pu avoir cette supercherie sur la réception du romanLa Vie devant soi?