Georges Orwell est l'un des grands auteurs visionnaires du XXe siècle, dont il a interrogé les turpitudes et les errements à travers l'une des dystopies les plus fameuses de la littérature,1984, un roman que l'on ne cesse de convoquer pour dénoncer certaines dérives sociales et politiques, ou par le biais du fameux apologueLa Ferme des animaux, satire animalière brocardant les pires régimes totalitaires du siècle passé. Mais l'auteur, d'abord journaliste, s'est également illustré dans divers récits à forte teneur sociale.Dans la dèche à Paris et à Londresrelate ainsi la jeunesse miséreuse et errante de l'auteur, contraint de vivre dans des conditions difficiles et relatant sa (sur)vie au jour le jour dans les bas-fonds des grandes capitales. Un livre difficile souvent, mais non dénué d'humour et, surtout, d'une profonde humanité.
Dans la peau d'un noir*, John Howard Griffin, 1961
Dans le sud des États-Unis ségrégationnistes de la fin des années 1950, un écrivain blanc, John Howard Griffin, dans le but de connaître intimement les discriminations faites aux populations noires, décide, avec l'aide d'un médecin, de prendre l'apparence d'un Afro-Américain durant plusieurs semaines. Voyageant dans différents états du sud, Griffin va dès lors franchir une frontière invisible et accéder à un nouveau territoire au sein duquel des actions aussi élémentaires que se laver, se loger ou se nourrir prennent l'aspect d'un véritable parcours du combattant. Subissant de plein fouet toutes sortes de discriminations et de préjugés, Griffin fera de son enquête un véritable plaidoyer en faveur des droits civiques. Ce témoignage vaudra à son auteur à la fois des menaces de mort mais aussi une reconnaissance internationale.
Le quai de Ouistreham*, Florence Aubenas, 2010
Dans cette enquête journalistique de terrain, Florence Aubenas, l'une des plus fameuses journalistes et grands reporters françaises, va se faire passer pour une femme sans autre diplôme que le baccalauréat ni expérience professionnelle pour rendre compte de la vie des travailleurs les plus précaires en pleine crise économique. Pendant six mois, elle va arpenter les agences d'intérim et pratiquer toutes sortes de petits boulots, du travail à la chaîne au nettoyage des ferries. Son livre dresse le quotidien impitoyable de nombreux travailleurs précaires, souvent des femmes, contraints d'accepter les conditions professionnelles les plus rudes dans le seul but de survivre. Son livre, quoique difficile, n'est pas exempt de grands moments de joie et d'humanité, dans les portraits que dresse Aubenas de ses camarades de lutte et de misère. Un livre à la fois désespérant et lumineux, prix Joseph Kessel en 2010.
En France*, Florence Aubenas, 2010
Dans cette série de petits portraits et chroniques journalistiques, la journaliste et grand reporter Florence Aubenas compose le portrait en mosaïque du territoire français, en donnant notamment la parole à la France d'en bas, celle des campagnes, des quartiers et de la périphérie, dressant un tableau en coupe d'une nation fragmentée, le fameux « archipel français ». Elle va ainsi s'entretenir avec des électeurs d'extrême droite comme des jeunes filles voilées, des décrocheurs scolaires ou des élèves de Sciences Po « issus de la diversité », des mères adolescentes et des parents soucieux d'inscrire leurs enfants dans les meilleurs établissements scolaires. Sans jamais porter de jugement, donnant longuement la parole à ses interlocuteurs, Florence Aubenas présente une photographie d'une nation française pétrie d'humanité, mais dans laquelle la population semble se nucléariser en petits groupes sociaux vivant les uns à côté des autres, mais plus vraiment ensemble. Une radiographie éclairante et sans concessions de la France d'aujourd'hui et de celle à venir.
Nomadland*, Jessica Bruder, 2017
Dans ce reportage au long cours, étalé sur plusieurs années et des milliers de kilomètres, la journaliste Jessica Bruder s'intéresse à une frange de la population américaine, les nouveaux nomades, qui, parfois par choix, le plus souvent par contrainte, faute de pouvoir se payer un logement, emménagent dans des camping-cars, des caravanes ou des camionnettes pour arpenter le pays en quête de soleil ou d'un travail. Des montagnes enneigées aux déserts de l'Arizona, de rassemblements géants aux retraites isolées, la journaliste dépeint cette nouvelle caste d'Américains paupérisés dont elle pressent qu'ils seront de plus en plus nombreux dans le futur. Un récit tour à tour drôle, humain et poignant, qui nous place aux côtés de ceshobos(vagabonds) des temps modernes et dresse un portrait peu flatteur d'une Amérique dont la machine sociale semble s'être définitivement grippée.
Nellie Bly, Dans l'antre de la folie*, Virginie Ollagnier, Carole Maurel, 2021
Dans l'antre de la folieest un récit d’investigation écrit par Nellie Bly, une journaliste pionnière à la fin du XIXe siècle. Ce livre est le témoignage de son expérience lorsqu’elle s'est fait interner volontairement dans un asile pour femmes à New York, afin de révéler les abus et les conditions inhumaines que subissaient les patientes. Son reportage a provoqué des réformes majeures dans les institutions psychiatriques.
Ce texte montre l’impact du journalisme sur les changements sociaux et témoigne de l'engagement de Nellie Bly. Son écriture est à la fois incisive, émotive et empreinte d’un désir de justice. Le livre, à la fois choquant et puissant, est un exemple fort du journalisme engagé, et il reste pertinent pour ceux intéressés par l’histoire, les droits humains et la santé mentale.