En 2001, l'économiste américain George Akerlof a reçu le prix Nobel pour ses travaux sur lesasymétries d’informationasymétrie d’information L’un des échangistes dispose d’une information dont l’autre échangiste ne dispose pas : la transparence de l’information est réduite.closeasymétrie d’information L’un des échangistes dispose d’une information dont l’autre échangiste ne dispose pas : la transparence de l’information est réduite.close.
L’une des formes que peut prendre l’asymétrie d’information est une caractéristique cachéeex ante, c’est-à-dire avant l’échange : elle peut porter sur la personne s’engageant dans un échange ou sur le bien ou service sur lequel porte l’échange. Par exemple, l’individu qui souhaite souscrire une assurance maladie connaît son état de santé, mais la compagnie d’assurance ne le connaît pas. Lorsque vous souhaitez acheter une voiture d’occasion, le vendeur connaît la qualité du véhicule ; vous, non.
L’action cachée est une autre forme d’asymétrie d’information qui survientex post, c’est-à-dire après l’échange. Dans ce cas, l’une des parties effectue une action qui n’est pas connue ou ne peut être observée ou contrôlée par l’autre partie. Cette situation concerne notamment le secteur de l’assurance : une personne qui a souscrit une assurance habitation pourrait prendre moins de précautions pour se prémunir contre les incendies et autres dégradations de son logement, faisant ainsi augmenter le risque par rapport à ce qu’il aurait été en l’absence d’assurance. Or, l’assureur n’est pas informé de cette prise excessive de risques et n’est pas en mesure de contrôler tous les actes de ses assurés.
Une histoire de voitures d'occasion
Comme chacun le sait, une voiture achetée neuve et revendue d’occasion six mois plus tard se vend beaucoup moins cher (souvent 20 % de moins) qu’une voiture neuve. Or, la voiture ne s’est pas usée à hauteur de 20 %. Comment expliquer alors une telle baisse de prix ? George Akerlof apporte une réponse à cette question en utilisant l’exemple du marché des voitures d’occasion.
Un exemple célèbre de la façon dont les caractéristiques cachées peuvent aboutir à une défaillance de marché est en effet celui du marché des tacots (lemons, en anglais). En anglais, lemon est un mot d’argot qui désigne de la « camelote », ici une voiture d’occasion défectueuse. Appuyons-nous sur un exemple pour étudier le problème de « camelote » sur le marché des voitures d’occasion.
- Chaque jour, dix propriétaires de voitures d’occasion envisagent de vendre la leur.
- Les voitures diffèrent en qualité, que l’on mesure par la valeur réelle que le propriétaire attribue à sa voiture. La qualité va de 0 à 9 000 euros, par palier de 1 000 euros : il y a une voiture qui ne vaut rien car elle est en très mauvais état, mais son propriétaire, sachant que les acheteurs sont mal informés, tente tout de même de la vendre ; une deuxième voiture vaut 1 000 euros, une autre 2 000 euros, et ainsi de suite. La valeur moyenne réelle des voitures est donc de 4 500 euros (cette valeur moyenne est obtenue par le calcul suivant : (0 + 1 000 + 2 000 + 3 000 + 4 000 + 5 000 + 6 000 + 7 000 + 8 000 + 9 000) / 10 = 4 500 €).
- Les propriétaires de voiture refusent de vendre leur voiture à un prix inférieur à la valeur qu’ils leur attribuent : par exemple, le propriétaire d’une voiture qui vaut 9 000 euros ne la vendra que s’il en obtient au moins ce prix.
Si la qualité de chaque voiture était connue des acheteurs, toutes les voitures se vendraient, sauf celle dont la valeur est nulle. Mais, en raison du manque de transparence, chaque jour les acheteurs potentiels ne disposent d’aucune information sur la qualité des voitures proposées à la vente. Ils ne connaissent que la valeur moyenne réelle des voitures vendues la veille. Ils se fixent alors un prix de réserve, c’est-à-dire le prix plafond (maximal) qu’ils sont disposés à payer : il équivaut, selon l’hypothèse d’Akerlof, à 1,5 fois la valeur moyenne réelle des voitures vendues.
Supposez maintenant que la valeur moyenne réelle des dix voitures vendues hier était de 4 500 euros : le prix maximal qu’un acheteur est prêt à payer aujourd’hui (que nous appellerons le jour J) sera de 1,5 x 4 500 € = 6 750 €.
- Au début de la journée, chaque vendeur potentiel envisage de vendre sa voiture. Au prix de 6 750 euros, les propriétaires qui attribuent à leur voiture une valeur inférieure à 6 750 euros sont satisfaits.
- Trois vendeurs, cependant, ne sont pas satisfaits : les propriétaires des voitures de meilleure qualité, qu’ils estiment à 7 000, 8 000 ou 9 000 euros, n’accepteront pas de les vendre.
- Les sept voitures restantes seront vendues aujourd’hui au prix de 6 750 euros, alors que leur valeur moyenne réelle n’est finalement que de 3 000 euros.
Les économistes appellentsélection adversece type de processus, car le prix sur lequel les acheteurs s’appuient pour prendre leurs décisions les conduit à sélectionner les voitures de moindre qualité.
L’asymétrie d’information conduit en effet à exclure du marché les véhicules de bonne qualité au profit des voitures de moindre qualité. Ainsi, « les mauvais produits chassent les bons » : c’est parce que des véhicules de mauvaise qualité et des lemons sont présents sur le marché que le prix moyen proposé par les acheteurs est trop faible, conduisant les vendeurs de véhicules de bonne qualité à se retirer du marché.
De bien d'autres marchés en situation d'asymétrie d'information
Dans le cas du marché des véhicules d’occasion, ce sont les demandeurs qui ne disposent pas d’une information transparente. C’est également le cas sur le marché du travail : l’employeur qui envisage d’embaucher un nouveau salarié (il demande du travail) ne connaît pas, ex ante, les caractéristiques des candidats qui se présentent à l’embauche et offrent leur force de travail.
Il existe d’autres marchés, par exemple ceux de l’assurance, où ce sont les offreurs qui ne disposent pas d’une information transparente : les compagnies d’assurance ne connaissent qu’imparfaitement les qualités des individus qu’elles sont censées couvrir contre un certain nombre de risques. Sur le marché de l’assurance santé, les assureurs ne connaissent pas l’état de santé des potentiels assurés, autrement dit les risques que présente chacun d’entre eux.
Cette asymétrie d’information que subit l’offreur est également présente sur le marché du crédit bancaire : une banque qui envisage d’accorder un prêt à un client ne connaît pas le degré de risque d’insolvabilité (une personne insolvable n’est pas en mesure de rembourser ses dettes) ou de défaut qu’il présente. Elle tend alors à fixer un taux d’intérêt correspondant à la moyenne des risques que présentent les emprunteurs : ainsi, elle dissuade d’emprunter ceux qui se savent à faible risque. De même, le propriétaire d’un logement qui le propose à la location ne connaît pas les risques de non-remboursement que présentent les candidats locataires.