L’orthographe a été modernisée.
Je me ferai savant en la philosophie,
En la mathématique, et médecine aussi :
Je me ferai légiste, et d’un plus haut souci
Apprendrai les secrets de la théologie :
5 Du luth1et du pinceau j’en esbatrai2ma vie,
De l’escrime et du bal : je discourais ainsi,
Et me vantais en moi d’apprendre tout ceci,
Quand je changeai la France au séjour d’Italie.
Ô beaux discours humains ! je suis venu si loin,
10 Pour m’enrichir d’ennui, de vieillesse, et de soin,
Et perdre en voyageant le meilleur de mon âge.
Ainsi le marinier souvent pour tout trésor
Rapporte des harengs en lieu de lingots d’or,
Ayant fait, comme moi, un malheureux voyage.
Joachim Du Bellay, Les Regrets, Sonnet XXXII, 1558.
1. Luth : instrument de musique à cordes, du même genre que la lyre et qui n'est plus en usage de nos jours.
2. Esbatre : divertir, amuser.
Je me ferai savant - Questions
1. Observez le premier vers du poème : quel projet annonce-t-il ? Quel mot résume ce projet ? Quel mot reprend cette idée au vers 7 ?
2. À quel événement ce projet est-il associé ?
3. Quels en sont les différents aspects ? Énumérez-les.
4. Pourquoi (le motif, la cause) et en quoi (les moyens, la manière) peut-on dire que ce projet est particulièrement riche ?
5. À quel idéal correspond-il selon vous ? Pouvez-vous le mettre en relation avec un mouvement intellectuel qui s'épanouit surtout dans l'Europe du XVIesiècle ?
6. Quelle rupture observez-vous au vers 9 ? Par quels procédés cette rupture est-elle mise en valeur ? Vous pouvez par exemple observer les temps verbaux, les connecteurs et interjections, la structure des vers.
7. Vers 10 : « Pour m’enrichir d’ennui, de vieillesse, et de soin » : quelle figure de style repérez-vous ? Quels éléments de l’exil du poète met-elle en lumière ?
8. Montrez comment les sentiments du poète évoluent au fil du texte.
9. À qui le poète se compare-t-il ? En quoi cette comparaison lui permet-elle de conclure son poème dans le dernier vers ?