Originaires d’Annonay, les frères Montgolfier réussissent les premiers à faire voler un aérostat – en privé en décembre 1782, en public en juin 1783. Ouvrant de nouvelles perspectives pour l’homme, les vols de ballons d’étoffes gonflés d’air chaud ou d’hydrogène suscitent un prodigieux enthousiasme. Lorsque, le 1er décembre, Jacques-Alexandre Charles et Marie-Noël Robert prennent eux-mêmes place – les premiers vols embarquaient des animaux – à bord d’un ballon à hydrogène dans les jardins des Tuileries à Paris, le succès populaire est énorme. Le comte de Ségur commente ainsi le vol dans sesMémoires : « Mais le courage des aéronautes et l’impatience d’une foule immense appelée à jouir de cet essor du génie, l’emportèrent sur toute défense. La corde fut coupée, le globe s’éleva majestueusement, et nous vîmes les navigateurs aériens parcourir intrépidement la route du ciel. […] Après ce triomphe du génie sur la nature, après cette journée mémorable, chacun des spectateurs se sentait comme grandi ; l’impossible ne paraissait plus un mot français ; on eût dit que toutes les bornes venaient de disparaître devant l’orgueil ambitieux de l’esprit humain. Les jours suivants, on entendait dans tous les salons de Paris tout ce que l’imagination peut ajouter à la vérité […] car même lorsque la science et la raison font les plus grands pas, la folie en profite encore pour étendre son domaine. » La science suscite alors un vif engouement tant parmi les élites d’Ancien Régime qu’au sein des strates intermédiaires du tiers état. Peindre la science en marche, c’est reconnaître et diffuser son exceptionnelle popularité.