Mathématicienne française née en 1973, Isabelle Gallagherest spécialisée dans l'étude des équations aux dérivées partielles. Elle a notamment travaillé sur la dynamique des océans avec Laure Saint-Raymond, et plus récemment avec Thierry Bodineau, Laure Saint-Raymondet Sergio Simonella, sur la justification des équations de la mécanique des fluides à partir des équations régissant le mouvement des particules élémentaires le constituant (problème connu comme le 6eproblème de Hilbert).
Elle a été chargée de recherches à l'université Paris-Sud, a rejoint le Centre de mathématiques Laurent Schwartz de l’École polytechnique, puis est devenue en 2004 professeure à l’université Paris-Diderot (aujourd’hui université Paris Cité). Mise à disposition de l'École normale supérieure de Paris comme professeure, elle a dirigé le département de mathématiques et applications en 2018 et 2019. De 2019 à 2023, elle a dirigé la Fondation sciences mathématiques de Paris. Elle a été élue présidente de la Société mathématique de France en juin 2024. Elle a obtenu des prix prestigieux (médaille d’argent du CNRS en 2016, prix Sophie Germain de l’Académie des sciences en 2018, médaille de l'Erwin SchrödingerInstitute for Mathematics and Physicsen 2023).
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la recherche en mathématiques ?
En recherche, dans tous les domaines, la curiosité et l'imagination jouent des rôles primordiaux. J'aime travailler en groupe de deux ou trois personnes, échanger des idées en sachant qu'une bonne idée est le plus souvent précédée par des dizaines de mauvaises. Mes travaux de recherche sont pour l'essentiel le fruit de collaborations.Faire des mathématiques, ou de la recherche en général, c'est accepter de se tromper, de passer des heures à implémenter des idées infructueuses et, de temps en temps, déboucher sur quelque chose de nouveau et parfois de beau !
Et vous, qu'est-ce qui vous a motivé dans ce choix ?
Je crois que c’est principalement le fait d’avoir eu des enseignants et enseignantes passionnés, qui ont su me transmettre leur enthousiasme, qui ont été généreux et généreuses de leur temps et de leurs idées, qui m'ont progressivement amenée vers ce métier.
Source : d'après l'interviewIsabelle Gallagher : curiosité, imagination et liberté, de Université Paris Cité.
Daniel Perrin
Daniel Perrinest né en 1946 dans un petit village des Vosges. Il est issu d'un milieu très modeste, ses parents étaient ouvriers dans une usine textile. Il est devenu enseignant à l'université : d'abord à l'université Paris 7, puis à l'École normale supérieure de jeunes filles et à celle de la rue d'Ulm, à Paris. Il a enseigné longtemps à l'université Paris-Sud (Orsay). Depuis 1976, l'essentiel de son travail a été de former les futurs professeurs de mathématiques. Il est retraité depuis 2016 mais continue à travailler bénévolement, par exemple en donnant des conférences auprès de collégiens et lycéens.
Qu'est-ce que vous aimez dans l'activité mathématique ?
Essentiellement deux choses assez complémentaires : chercher et comprendre. Je parle de chercher : oui, j'aime chercher sur un problème que je ne connais pas, réfléchir, me poser des questions, essayer, expérimenter, conjecturer, puis essayer de prouver ce qui m'est apparu, me tromper parfois, souvent même, revenir à la charge, finir par y arriver, ou pas, mais continuer à réfléchir jusqu'à ce que j'aie vraiment compris le problème. Cette activité de recherche est – à mon avis – l'une des plus importantes et les plus nobles de ce que l'homme peut faire. L'autre face de l'activité est la possibilité de comprendre. Les mathématiques permettent d'éclairer beaucoup de phénomènes, à l'intérieur des maths, mais aussi au-delà par leur influence sur les autres sciences.
Dans quel domaine mathématique travaillez-vous ?
Mon domaine s'appelle la géométrie algébrique. On y étudie des courbes définies par des équations. Il y a donc à la fois de la géométrie (les courbes) et du calcul (les équations). Depuis quelque temps, je travaille plutôt sur la géométrie projective et les géométries non euclidiennes, de drôles de géométries dans lesquelles les droites sont parfois courbes.
Les femmes et les mathématiques ?
Bien sûr, il y a des femmes mathématiciennes. J'ai eu beaucoup de très bons élèves (trois d'entre eux ont eu la médaille Fields), mais je dirais que le meilleur de tous était une fille, Claire Voisin, actuellement directrice de recherche au CNRS et membre de l'Académie des sciences.
Voulez-vous nous parler de peinture et d'équations différentielles ?
Oui, dans le texte qui suit, je montre comment les mathématiques peuvent parfois être utilisées, avec d'autres sciences, à des fins inattendues, comme en peinture par exemple. On voit ici comment la physique, la géologie et les mathématiques sont autant d'ingrédients nécessaires et complémentaires pour aboutir à la preuve que les tableaux considérés sont des faux !