Ronsard est un poète du XVIesiècle très célèbre de son temps (on le nomme même « Prince des poètes et poète des princes ») et dont l’abondante production offre une extrême variété. Ainsi, à côté de recueils de « haut style* » comme de style « moyen », on trouve aussi chez lui des recueils de style « bas » qui peuvent être parfois assez lestes…
Lance au bout d'or, qui sait et poindre1et oindre2,
De qui jamais la raideur ne fait défaut,
Quand en champ clos bras à bras il me faut
Toutes les nuits au doux combat me joindre ;
Lance vraiment qui ne fut jamais moindre
À ton dernier qu'à ton premier assaut,
De qui le bout bravement dressé haut
Est toujours prêt de choquer3et de poindre.
Sans toi le monde un chaos se ferait,
Nature manque inhabile serait
Sans tes combats d'accomplir ses offices :
Donc, si tu es l'instrument du bonheur
Par qui l'on vit, combien à ton honneur
Doit-on de vœux, combien de sacrifices.
1.Style : au Moyen Âge comme au XVIesiècle, on a pour habitude de classer, de hiérarchiser le style en trois catégories (bas, moyen, élevé), selon le genre travaillé et les effets que l'on vise à produire sur le lecteur.
2.Poindre : piquer.
3.Oindre : frotter, enduire d'huile.
4.Choquer : heurter, faire subir un choc.
Héliette de Vivonne, Les Chansons de Callianthe, « Le luth », fin du XVIe - Texte
La vie d'Héliette de Vivonne est fort méconnue. Dame d'honneur de la reine de France Louise de Lorraine, elle a aussi composé quelques pièces poétiques parmi lesquelles on trouve ce fameux luth...
Pour le plus doux ébat1que je puisse choisir,
Souvent, après dîner, craignant qu'il ne m'ennuie,
Je prends le manche en main, je le tâte et manie,
Tant qu'il soit en état de me donner plaisir.
Sur mon lit je me jette, et sans m'en dessaisir,
Je l'étreins de mes bras et sur moi je l'appuie,
Et, remuant bien fort, d'aise toute ravie,
Entre mille douceurs j'accomplis mon désir.
S'il advient, par malheur, quelquefois qu'il se lâche,
De la main je le dresse et, derechef, je tâche
À jouir du plaisir d'un si doux maniement :
Ainsi, mon bien-aimé, tant que le nerf lui tire,
Me contemple et me plaît, puis de lui, doucement,
Lasse et non assouvie enfin je me retire.
1.Ébat : jeu, divertissement.