Restez, mes petits cousins ; je désire que vous entendiez ce que j’ai à dire à vos cousines. (Elle s’assied.) Blanche et Laurence, j’ai manqué perdre ma fille, grâce à vous ! — Silence ! Ne m’interrompez pas ! — Vous auriez dû diriger cette pauvre petite, l’empêcher de suivre le penchant naturel à tous les enfants, de manger de bonnes choses avec excès. Vous ne l’avez pas fait ; d’après ce qu’a pu me dire la pauvre Gizelle, vous l’avez poussée à manger, afin sans doute qu’elle fût malade et que vous fussiez ainsi débarrassées d’une tâche qui vous semble trop dure, celle de garder et de protéger une charmante enfant, qui est votre nièce, et que vous devriez aimer à ce seul titre. Pareille chose peut se renouveler, et je ne veux pas y exposer ma Gizelle chérie. Mon mari est fort irrité et ne veut plus vous voir ; moi-même il me répugne de vivre avec… avec des ennemies de mon enfant. Nous avons donc décidé, mon mari et moi, que vous entreriez au couvent de la Visitation ; couvent cloîtré, dont vous ne sortirez pas, mais où vous serez très heureuses. Point de supplications ni de larmes ! Tout est inutile ! C’est une chose irrévocablement décidée. Dans huit jours vous entrerez au couvent ; jusque-là vous resterez dans votre appartement, vous vous promènerez avec Julie, une heure ou deux tous les jours ; et vous ne paraîtrez pas au salon. On vous apportera à manger dans vos chambres — Et vous, mes cousins (elle prend une voix douce), vous avez été bons et aimables pour Gizelle, qui vous aime beaucoup. Venez la voir souvent, surtout pendant qu’elle est malade, la pauvre enfant. Adieu, mes amis, au revoir bientôt. (Elle sort.)