Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes, 1951 - Extrait
En 1951, Julien Gracq refuse le prix Goncourt qui lui a été attribué alors que, informé des rumeurs qui le donnaient lauréat, il avait par avance annoncé sa « non candidature » conforme à ses écrits antérieurs. En effet, J. Gracq avait dénoncé dansLa Littérature à l'estomac(1949)l’influence des académies littéraires qui, selon lui, contribuaient, à éloigner les livres du public.
Le jury ayant rappelé qu’il n’y a pas de candidature au prix (…) et donc pas non plus de « non-candidature » couronne le livre « selon les prescriptions du testament d’Edmond de Goncourt et sans autre considération » (communiqué extrait duFigaro littéraire).
Le récit se passe dans des lieux imaginaires. Il évoque l'existence d'Aldo, un jeune aristocrate résolu à changer de vie, qui accepte un poste d'observateur (espion) dans une forteresse située en bordure de la mer des Syrtes ; la cité d'Orsenna est en effet depuis trois cents ans en guerre « assoupie » et sans combats contre le Farghestan.
Ces pages se situent au début du roman ; Aldo vient de quitter la ville d'Orsenna pour s'installer à l'Amirauté, la forteresse en avant-poste, où vivent ses futurs compagnons et notamment le capitaine Marino.
Lisez l'extrait de l'ouvrageLe Rivage des Syrtes, 1951, publié aux éditions Corti.
Début du passage :« Ainsi surgie des brumes fantomatiques de ce désert d'herbes, au bord d'une mer vide, c'était un lieu singulier que cetteAmirauté. »
Fin du passage :«L'aboiement d'un chien, un remue-ménage et un piaillement de basse-cour m'arrivèrent distinctement à travers le silence. Presque aussitôt je m'endormis. »
Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes - Questions
Après avoir lu cet extrait duRivage des Syrtesde J. Gracq, répondez aux questions qui suivent.
- À quoi Aldo est-il sensible lorsqu'il découvre son nouvel environnement ?
- Ce passage suscite-t-il votre curiosité ? Pourquoi ?
Éclairages critiques
Ces citations de critiques littéraires peuvent accompagner votre lecture de ce passage. Correspondent-elles à vos impressions ?
- Ce livre est un « imprécis d’histoire et de géographie à l’usage des civilisations rêveuses. » (A. Blondin)
- « Ce qui frappe le plus (…) c’est l’extraordinaire abondance des termes qui traduisent une sensation physique ou désignent le corps (…) C’est l’intensité de la présence matérielle du monde et du corps, l’activité, la jouissance des sens qu’on découvre ainsi. » (B. Boie, notice de l’édition de la Pléiade, Gallimard)
Julien Gracq, « Réflexions sur un drôle de prix », 1951 - Article
Julien Gracq propose, dans le numéro 336 de la revueArtsparu le 7 décembre 1951, une réflexion suite à l'attribution du prix Goncourt 1951 pour son ouvrageLe Rivage des Syrtes.
Lisez l'extrait de « Réflexions sur un drôle de prix », revueARTSn° 336, le 7 décembre 1951, BnF
Début du passage :« Je vais être gênant, insistant et monotone. Je m'obstine tout de même, et je préfère risquer le mauvais goût. »
Fin du passage :« Je tiens tout de même à redire au jury, sans plus d’acrimonie qu’il ne faut – je se sais ; on ne me croirait pas — qu’il y a des écrivains pour qui la manne publicitaire n’excuse et ne couvre pas tout, qu’un écrivain après tout a le droit de choisir sa voie vers le public, et qu’en ne voulant pas tenir compte d’un refus fermement exprimé, ils commettent, tout de même, un abus de pouvoir.»
Julien Gracq, « Réflexions sur un drôle de prix » - Questions
Lisez l'article de Julien Gracq « Réflexions sur un drôle de prix » et répondez aux questions qui suivent.
- Quepeut, en réalité,refuserJulien Gracq ?
- Quene peut-il pas, selon lui,refuser? Est-il totalement libre dans son refus ?
- Quelle est son opinion sur : les membres du jury Goncourt ? les livres primés ?
- Comment qualifieriez-vous la tonalité de cet article ?