Revenir
Revenir

Le jardin : un microcosme

Un jardin à la française : le domaine de Saint-Cloud

Sommaire

Un jardin à la française : le domaine de Saint-Cloud - Histoire analyséeUn jardin à l’anglaise : le domaine de Malmaison - Histoire analyséeJardins célèbres
Histoire d'une idéologie : les cités-jardinsHistoire des cités-jardins - Dossier BNFL'exemple d'une cité-jardin à Suresnes - Dossier BNF
Pour aller plus loinExposition Côté jardin : de Monet à Bonnard – musée Giverny

Pour aller plus loin

Exposition Côté jardin : de Monet à Bonnard – musée Giverny

Au printemps 2021, le musée des impressionnismes Giverny invite à une promenade dans les jardins impressionnistes et nabis. Peintures, dessins, estampes, photographies… L’exposition « Côté jardin. De Monet à Bonnard » présente une centaine d’œuvres. Un événement à ne pas manquer et à compléter par une déambulation dans le jardin du musée, pour une évasion totale, entre culture et nature !
Une exposition inédite sur les jardins impressionnistes et nabis
Si le thème du jardin a déjà été traité dans de nombreuses expositions, le musée des impressionnismes Giverny propose un angle inédit dans un accrochage unique, plein d’émotion. L’exposition s’attache, en effet, à révéler la sensibilité des peintres impressionnistes et nabis face aux jardins qu’ils représentent. Elle met également en regard les visions contradictoires et complémentaires de ces deux groupes d’artistes célèbres, d’Auguste Renoir à Claude Monet et d’Édouard Vuillard à Pierre Bonnard, dans une rare confrontation.
Le jardin, un thème cher aux impressionnistes et aux Nabis
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous l’impulsion de Napoléon III, le baron Haussmann transforme durablement l’aménagement de Paris, en la dotant de ses célèbres grands boulevards, mais aussi d’espaces verts. Peintres du paysage, les impressionnistes vont naturellement s’inspirer des nouveaux parcs publics de la capitale. Progressivement, ils investissent leurs propres jardins et leur espace intime, dont ils livrent une vision personnelle, habitée parfois par les figures de leurs amis et famille. Leurs admirateurs et contestataires à la fois, les Nabis, reprendront le thème du jardin en s’affranchissant de l’esthétique impressionniste.
Du paysage au portrait : la représentation des femmes au jardin

Un jardin à la française : le domaine de Saint-Cloud - Histoire analysée

Un jardin à la française : le domaine de Saint-Cloud
1. Contexte historique
Le merveilleux domaine de Monsieur
Ces deux tableaux panoramiques offrent une même approche paysagère centrée sur les jardins de Saint-Cloud situés à l’ouest de Paris. Aménagé dès le milieu du XVIe siècle, le domaine est d’abord la propriété de la famille de Gondi. En 1655, il est acquis par l’intendant des finances Barthélemy Hervart (1607-1676) et trois ans plus tard, Louis XIV l’achète pour en donner l’usufruit à son frère Philippe, Monsieur (1640-1701), futur duc d’Orléans. Ce dernier transforme Saint-Cloud en résidence de plaisance raffinée. Il sollicite des artistes renommés, en particulier le jardinier du roi André Le Nôtre (1613-1700), recruté en 1665 pour l’aménagement du parc qui couvre une superficie de plus de 400 hectares.
Ces tableaux permettent de dresser le bilan des travaux réalisés au moment où le château devient le théâtre de fêtes somptueuses. L’œuvre du peintre d’origine flamande Adam-François Van der Meulen (1632-1690) date du début des années 1670. Passé au service du roi de France, il répond probablement à une commande officielle. Au moment de la composition, les jardins suivent le tracé de Le Nôtre et l’imposante cascade construite en 1664-1665 forme le sujet central de la toile. Plusieurs indices concordent pour dater la vue d’Étienne Allegrain (1644-1736) vers 1675, car l’Orangerie est repérable à gauche du château, alors que la façade Sud n’a pas encore été modifiée par l’architecte Jules-Hardouin-Mansart (1646-1708). Le peintre paysagiste reçu en 1677 à l’Académie royale de Peinture exécute une commande directe. La présence de cette toile est attestée au sein de la collection de la princesse Palatine (1652-1722), seconde épouse de Monsieur, probablement pour l’ornementation des appartements de leur palais.
2. Analyse des images
Un laboratoire végétal
Bien qu’exécutées par des peintres et sur des formats différents, ces œuvres sont complémentaires l’une de l’autre. Le tableau de Van der Meulen propose un angle de vue pris au niveau du sol, depuis la rive droite de la Seine, ce qui permet d’apprécier le Bas Parc et les aménagements rendus nécessaires par la pente du coteau. La jonction entre les deux niveaux est assurée par une monumentale cascade d’eau formant neuf marches élaborée sur les plans d’Antoine Le Pautre (1621-1679). Le tableau d’Allegrain comprend quant à lui une vue zénitale du Sud vers le Nord, afin d’embrasser les différents niveaux de jardins, la résidence princière et le territoire environnant.
Par sa topographie, le domaine de Saint-Cloud constitue un terrain d’action d’une grande complexité pour l’aménagement des jardins. Franklin Hamilton Hazlehurst observe ainsi que « de tous les jardins du XVIIe siècle français, ceux de Saint-Cloud furent ceux dont la conception posa le plus grand défi à André Le Nostre. » Les deux tableaux font la part belle aux travaux réalisés et à la majesté des jardins. Sur la toile d’Allegrain, le château – incendié lors de la guerre franco-prussienne de 1870 avant d’être rasé – et le village de Saint-Cloud sont relégués aux deuxième et troisième plans. Sur celle de Van der Meulen, le logis est seulement suggéré par la toiture en ardoise qui émerge au-dessus de la cime des arbres.
3. Interprétation
Les merveilles de la Nature
Le domaine de Saint-Cloud démontre l’élégance de l’art des jardins à la Française. La princesse Sophie de Hanovre (1630-1714), observe qu’il s’agit du « plus beau jardin du monde tant pour la situation que pour les eaux ». Ici, la Nature règne en majesté et le décor est exubérant : jeux de perspectives formés par les allées, parterres aux formes géométriques qui constituent une véritable broderie végétale, multitude des bassins et des jets d’eau, sculptures en pierre et en bronze doré, haies coupées au cordeau, variété des espèces végétales, etc.
Ces deux mises en scène décrivent aussi le mode de vie des élites de la société française du XVIIe siècle, les jardins constituant à la fois des lieux de promenade et de spectacle. Allegrain rend hommage au façonnage végétal en représentant deux jardiniers à l’ouvrage. Ceux-ci deviennent des personnages de premier plan, éclipsant en partie les prestigieux visiteurs qui se pressent dans les allées. Ainsi, Van der Meulen anime le fleuve. Il représente une galère et plusieurs batelets dont l’un d’eux bat pavillon royal. En effet, depuis 1667, le roi est régulièrement convié aux grandes eaux et aux somptueuses fêtes qui animent le parc.

Un jardin à l’anglaise : le domaine de Malmaison - Histoire analysée

Le Temple de l'amour, Auguste Garneray
La nature à l’anglaise
Non datée, cette aquarelle est forcément postérieure à l’année 1807, qui correspond à la date de construction du Temple de l’Amour. Cette représentation dresse un état des lieux du domaine après de nombreux aménagements opérés sous l’autorité de Joséphine. Passionnée par les roses, elle cède à la mode du style anglais qui se développe à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Ce style s’oppose aux jardins à la française marqués par une stricte géométrie de leurs formes et la volonté de diriger la nature. Cette aquarelle fait étalage d’une multitude d’espèces d’arbres et de fleurs, comme le gigantesque rhododendron que l’artiste place volontairement au centre de sa composition. La scène est déshumanisée, mais pas pour autant inanimée. De petites cascades d’eau, des cygnes et des canards participent à l’animation et à la quiétude des lieux.
Le tableau de Garneray, suggère que la nature est la maîtresse des lieux. L’aquarelle et les touches de couleurs aux teintes pastel participent à la démonstration d’une nature indomptée et exubérante. Le jardin ne guide pas le regard du visiteur dans une perspective prédéfinie, mais le regard est au contraire séduit par la variété des formes exposées, même si le jardin anglais fait aussi l’objet d’un long travail préparatoire et d’une construction abstraite.

Jardins célèbres

Jardin du roy, Jean-Baptiste Hilair
L’aménagement de jardins tant publics que privés a été rendu bien plus facile grâce aux progrès de l’horticulture. Là encore, Louis XIV montre l’exemple dans les jardins de Trianon, où des milliers de plantes sont enterrées en pot et changées chaque jour. On peut également évoquer la tulipomanie dans les Provinces-Unies au XVIIe siècle, qui se conclut par l’éclatement de la première bulle spéculative de l’Histoire quand un bulbe de tulipe suffisait pour acheter une maison. Mais la fleur fétiche du jardinier reste la rose, magnifiée à travers des roseraies comme celle de Bagatelle ou celle de la Malmaison, illustrée par Redouté pour l’impératrice Joséphine.
La création de pépinières et l’invention de nouveaux outils comme la tondeuse à gazon révolutionnent les plantations. L’introduction de plantes exotiques comme les agrumes, les palmiers ou les orchidées amène la création d’orangeries et de serres. Un secteur économique et professionnel se met en place, alimenté par de nombreux traités et revues horticoles. Le jardin est décidément bien plus qu’un simple carré de gazon.

Histoire d'une idéologie : les cités-jardins

Histoire des cités-jardins - Dossier BNF

La cité-jardin est un modèle urbain inventé par le théoricien britannique Ebenezer Howard (1850-1928) en 1928. Originaire de Londres, il constate que la métropole ne peut faire face à l’afflux d’une population toujours plus nombreuse à la recherche de travail. La surpopulation dans les grandes villes comme Paris, Londres ou Berlin engendre des problèmes d’hygiène et de santé : les plus pauvres vivent dans des appartements sans eau ni électricité, parfois sans fenêtres, et les services municipaux de ramassage d’ordures ou de nettoyage sont souvent inexistants.
Ebenezer Howard, père de la cité-jardin
Ebenezer Howard pose la question suivante : comment réunir les avantages de la ville, où il y a du travail, et ceux de la campagne, où il y a de l’espace ? Ebenezer Howard voit l’avenir dans la cité-jardin et en pose les principes dans l’ouvrage Garden Cities of Tomorrow en 1898, qui connaît un rapide et immense succès dans le monde entier.
Les premières cités-jardins naissent au nord de Londres au tout début du 20e siècle. Ebenezer Howard applique, avec l’aide d’architectes et d’urbanistes, ses théories à Welwyn et Letchworth. De nombreuses personnalités étrangères (hommes politiques, techniciens, architectes, urbanistes) visitent ces réalisations pionnières pour s’en inspirer. Dès les premières années du 20e siècle, le concept de la cité-jardin s’exporte en Belgique, en Allemagne et en France, tout en connaissant des adaptations propres à chaque pays.
Les cités-jardins en France
La première cité-jardin construite en France est celle de Dourges dans le Nord-Pas-de-Calais, à partir de 1904. Destinée à loger les mineurs de la Compagnie des mines de Dourges, elle se distingue des cités ouvrières antérieures – monotones et rudimentaires – par un tracé viaire souple, la forte présence de la végétation, un soin tout particulier porté à l’individualisation des maisons et au décor de leurs façades.
Quelques années plus tard, le projet de Paris-Jardin à Draveil dans l’Essonne est très différent. Ici, ce ne sont pas les patrons qui construisent pour leurs employés, mais des hommes et des femmes qui s’associent en société coopérative pour acheter un terrain en banlieue parisienne et construire ensemble une cité-jardin de 320 maisons. La cité-jardin est entièrement autonome et de la responsabilité des coopérateurs. Cette initiative est restée unique dans son genre.
Il faut attendre le lendemain de la Première Guerre mondiale pour voir fleurir, autour des grandes villes françaises, des cités-jardins. Les conceptions d’origine formulées par Ebenezer Howard sont relativement différentes : les cités-jardins à la française ne sont pas des villes autonomes réunissant à la fois lieux de travail, commerces, équipements et logements. Ce sont essentiellement des zones résidentielles que l’on appelle aussi des “banlieues-jardins”.

L'exemple d'une cité-jardin à Suresnes - Dossier BNF

La cité-jardin de Suresnes | © Collections du MUS - Suresnes
Une cité-jardin à Suresnes
En 1919, quand Henri Sellier prend la tête de la municipalité, Suresnes est, comme sa voisine Puteaux, une commune de la banlieue ouest déjà très industrialisée. Depuis le 19e siècle, les blanchisseries et les teintureries situées au bord de la Seine laissent peu à peu place à la métallurgie, la chimie, l’électricité, la construction automobile et aéronautique. Certains secteurs ne sont néanmoins pas encore investis. C’est le cas de la ferme de la Fouilleuse, à la lisière de l’hippodrome de Saint-Cloud, qui avait été fondée sous Napoléon III et dont les 40 hectares sont achetés par la municipalité pour y lancer la première tranche de travaux de la cité-jardin.

La figure féminine au jardin intéresse toute une génération de peintres, qui fusionnent les genres du portrait et du paysage, avec une vision parfois mélancolique. Sous le pinceau de James Tissot, Alphonse Legros, Albert Bartholomé ou encore Marie Bracquemond, elles sont représentées avec distance, souvent seules, parfois en couple, et leur attitude trahit une absence, une attente ou bien encore une rêverie. Elles sont souvent dépeintes plongées dans leurs pensées, enfermées dans leur monde intérieur qui fait écho à l’espace clos du jardin.
Promenade dans les jardins publics et jeux enfantins
Peintres de la modernité et de la vie quotidienne, les impressionnistes et les Nabis s’intéressent aux nouveaux squares et jardins publics de Paris. Édouard Vuillard et Pierre Bonnard saisissent les promeneurs qui profitent de ces espaces, qu’il s’agisse de nourrices et d’élégantes ou d’enfants s’adonnant à leurs jeux. Une partie de croquet familiale se déroule dans un jardin enchanteur, que Bonnard place hors de la ville et du temps. Auguste Renoir capture les mouvements joyeux d’enfants courant et jouant à la balle.
Jardins luxuriants : le refuge des impressionnistes et des Nabis
Au milieu de jardins foisonnants, indisciplinés, loin de l’espace urbain, le visiteur plonge au cœur du refuge intime des peintres impressionnistes et nabis. Dans les œuvres de Pierre Bonnard, Maurice Denis, Gustave Caillebotte ou encore Claude Monet, ils sont le symbole du bien-être, de la renaissance, d’un éternel printemps, qui se traduisent par la luxuriance de la végétation. Les artistes glissent également vers l’expérimentation de points de vue immersifs dans des œuvres à visée décorative, comme le Parterre de Marguerites de Caillebotte ou encore les représentations, par Monet, de son bassin de nymphéas.
Retour vers l’impressionnisme et annonce de l’abstraction
Défiance vis-à-vis de l’impressionnisme et de la retranscription de la sensation immédiate : voilà ce qui caractérisait les Nabis à la formation du groupe en 1889. Toutefois, vers 1900, leur cercle se disperse et chacun se livre à des expérimentations personnelles, qui finissent par les ramener vers l’impressionnisme. Les perspectives redeviennent plus classiques, l’espace plus profond et la lumière plus directe. Édouard Vuillard et Pierre Bonnard s’annoncent comme les héritiers de l’impressionnisme, composant des formats comparables à ceux de Claude Monet au même moment. Bonnard tend peu à peu vers une abstraction colorée, sans souci d’endroit ou d’envers, de centre ou de bords, préparant déjà ce que la génération américaine d’après-guerre qualifiera d’all-over.
Une visite à prolonger dans le jardin du musée
Après une balade inédite au milieu d’une centaine d’œuvres d’artistes prestigieux, une agréable flânerie vous attend dans le jardin du musée des impressionnismes Giverny. Des parterres spécialement réaménagés pour l’occasion font écho aux thèmes évoqués dans les galeries du musée. Annonçant la seconde exposition de la saison, « Eva Jospin. De Rome à Giverny », deux œuvres de l’artiste plasticienne, Edera et Bois des Nymphes, viennent renforcer le dialogue entre jardin et art contemporain. Ce dialogue avait été amorcé en 2020 avec l’installation, à l’entrée du musée, de l’œuvre Fils d’eau de Giuseppe Penone. Au printemps 2021, une escapade nature et culture au musée des impressionnismes Giverny s’impose !