Les sens du mot "partage" - Distinguer et clarifier
1. À partir d'exemples, on clarifiera le sens du partage.
Partager un gâteau : c'est le couper en parts. Quelle opération mathématique fait-on ? Quelle est la contrainte pour qu'il ne reste rien ?
Partager les droits de garde d'un enfant à l'issue d'un divorce : est-ce la même opération que précédemment ? Est-ce que les deux parents ont des droits identiques dans tous les cas ?
On partage de deux façons :
- en divisant arithmétiquement. On ignore les différences entre les individus et on donne à chacun la même part. Se pose ici le problème des indivisibles. On ne peut pas tout diviser en parts identiques.
- en fractionnant géométriquement : on prend en compte les différences et on distribue à chacun une part égale en fixant des critères de distribution. Certains peuvent se retrouver sans part.
On cherche dans les deux cas à obtenir un partage juste.
"Juste" peut signifier "justesse" ou "justice".
Chercher le sens de "juste" dans le dictionnaire. Comparer les définitions avec ce qui précède.
2. Que partage-t-on ? Comment partage-t-on ? Qui partage ?
Diviser en parts, en lots, en portions. Partager en (plusieurs choses), à (qqn), entre (des personnes) ; partager un fruit ; partager le butin, le gibier. Ex : Il se calma à la pensée du gâteau des rois, qu'il partagea avec mystère (Maupassant, Contes et nouvelles, t.1, 1884, p. 477).
Partager quelque chose en. Partager une terre en parcelles.
Partager quelque chose à. Partager son bien aux pauvres.
Partager quelque chose entre. Partager sa fortune entre ses enfants.
3. En quoi consiste la juste distribution, la juste répartition ?
Un partage peut-il être injuste ?
Exemple : l'héritage
Le partage est l'acte qui met fin à l'indivision : Situation dans laquelle deux ou plusieurs personnes sont propriétaires ensemble d'une même chose ou d'un même ensemble de choses (exemples : maison, portefeuille de titres, meubles, bijoux). Chaque héritier reçoit sa part d'héritage et en devient propriétaire de façon individuelle. Le partage des biens peut être réglé de manière amiable ou judiciaire (en cas de mésentente entre les héritiers).
Partager un gâteau - Exercice
Prendre sa part sans partager, Le Père Goriot, Balzac - Extrait et questions
Honoré de Balzac
Texte
"Une rapide fortune est le problème que se proposent de résoudre en ce moment cinquante mille jeunes gens qui se trouvent tous dans votre position. Vous êtes une unité de ce nombre-là. Jugez des efforts que vous avez à faire et de l'acharnement du combat. Il faut vous manger les uns les autres comme des araignées dans un pot, attendu qu'il n'y a pas cinquante mille bonnes places. Savez-vous comment on fait son chemin ici? Par l'éclat du génie ou par l'adresse de la corruption. Il faut entrer dans cette masse d'hommes comme un boulet de canon, ou s'y glisser comme une peste. L'honnêteté ne sert à rien. L'on plie sous le pouvoir du génie, on le hait, on tâche de le calomnier, parce qu'il prend sans partager; mais on plie s'il persiste; en un mot, on l'adore à genoux quand on n'a pas pu l'enterrer sous la boue. La corruption est en force, le talent est rare. Ainsi, la corruption est l'arme de la médiocrité qui abonde, et vous en sentirez partout la pointe. Vous verrez des femmes dont les maris ont six mille francs d'appointements pour tout potage, et qui dépensent plus de dix mille francs à leur toilette. Vous verrez des employés à douze cents francs acheter des terres. Vous verrez des femmes se prostituer pour aller dans la voiture du fils d'un pair de France, qui peut courir à Longchamp sur la chaussée du milieu. Vous avez vu le pauvre bêta de père Goriot obligé de payer la lettre de change endossée par sa fille, dont le mari a cinquante mille livres de rente. Je vous défie de faire deux pas dans Paris sans rencontrer des manigances infernales. Je parierais ma tête contre un pied de cette salade que vous donnerez dans un guêpier chez la première femme qui vous plaira, fût-elle riche, belle et jeune. Toutes sont bricolées par les lois, en guerre avec leurs maris à propos de tout. Je n'en finirais pas s'il fallait vous expliquer les trafics qui se font pour des amants, pour des chiffons, pour des enfants, pour le ménage ou pour la vanité, rarement par vertu, soyez-en sûr. Aussi l'honnête homme est-il l'ennemi commun. Mais que croyez-vous que soit l'honnête homme? A Paris, l'honnête homme est celui qui se tait, et refuse de partager. Je ne vous parle pas de ces pauvres ilotes qui partout font la besogne sans être jamais récompensés de leurs travaux, et que je nomme la confrérie des savates du bon Dieu. Certes, là est la vertu dans toute la fleur de sa bêtise, mais là est la misère. Je vois d'ici la grimace de ces braves gens si Dieu nous faisait la mauvaise plaisanterie de s'absenter au Jugement dernier. Si donc vous voulez promptement la fortune, il faut être déjà riche ou le paraître. Pour s'enrichir, il s'agit ici de jouer de grands coups; autrement on carotte, et votre serviteur! Si, dans les cent professions que vous pouvez embrasser, il se rencontre dix hommes qui réussissent vite, le public les appelle des voleurs. Tirez vos conclusions. Voilà la vie telle qu'elle est. Ça n'est pas plus beau que la cuisine, ça pue tout autant, et il faut se salir les mains si l'on veut fricoter; sachez seulement vous bien débarbouiller: Là est toute la morale de notre époque. Si je vous parle ainsi du monde, il m'en a donné le droit, je le connais. Croyez-vous que je blâme? Du tout. Il a toujours été ainsi. Les moralistes ne le changeront jamais. L'homme est imparfait. Il est parfois plus ou moins hypocrite, et les niais disent alors qu'il a ou n'a pas de mœurs. Je n'accuse pas les riches en faveur du peuple: l'homme est le même en haut, en bas, au milieu. Il se rencontre par chaque million de ce haut bétail dix lurons qui se mettent au-dessus de tout, même des lois; j'en suis. Vous, si vous êtes un homme supérieur, allez en droite ligne et la tête haute. Mais il faudra lutter contre l'envie, la calomnie, la médiocrité, contre tout le monde. Napoléon a rencontré un ministre de la guerre qui s'appelait Aubry, et qui a failli l'envoyer aux colonies. Tâtez-vous! Voyez si vous pourrez vous lever tous les matins avec plus de volonté que vous n'en aviez la veille."
Le Père Goriot,Balzac
Questions
1. À l'aide de ce texte de Balzac, dégager les raisons qui conduisent à un impossible partage.
2. Que signifie cette référence au combat ?
3. Prendre s'oppose à partager. Expliquer.
4. Pourquoi la morale n' a pas sa place ici ?