Bien sûr, on pourra voir dans ce film l’expression d’une crainte proprement américaine : arrivé en 1957 à l’apogée de son rêve et de sa puissance (notamment atomique), le pays se fantasme un déclin futur. « La poursuite du bonheur » est un des objectifs que s’est donné l’Amérique mais que faire une fois ce bonheur atteint ? Des vacances en bateau, une maison, un travail, une femme vive, intelligente, indépendante ; il ne pouvait plus rien arriver de bon à ce pauvre Scott. Il fallait qu’il chute de cet éden domestique et renoue avec une vie sauvage, dangereuse et héroïque. Passé l’inquiétude et la tristesse dues à la solitude, une nouvelle énergie gagne bientôt Scott qui devient alors une sorte de poète. Au milieu du déluge, c’est d’ailleurs son crayon de papier qui lui sert de radeau de survie. Là où pour les autres tout n’est qu’incident ménager, pour lui tout revêt désormais l’allure d’un cataclysme mythologique. Sa vie est devenue intense. C’est un retour à l’immensité de la nature qui résonne avec l’aube de l’histoire américaine où tout un continent était encore à découvrir : Emerson, Thoreau bien sûr, tous les grands penseurs transcendantalistes qui s’inspirèrent beaucoup du transcendantalisme kantien. Avaient-ils lu cette phrase du philosophe allemand : « Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi » ? Sans doute. Et Richard Matheson ? Jack Arnold ? Scott Carey ? Sans doute pas et, finalement, peu importe. Ce qui compte, c’est qu’à 47 ans, en ouvrant un peu par hasard le livre d’un philosophe allemand du XVIIIème siècle, je puisse tomber sur des lignes qui me ramènent directement à l’émerveillement du garçon de 12 ans que j’étais devant la dernière scène, magistrale, deL’Homme qui rétrécit."