Un jeu qui influence tous les producteurs de l'oligopole
En situation d’oligopole, les entreprises présentes sur ce marché sont en situation d’interdépendance et leurs décisions influencent leurs profits respectifs. En effet, les oligopoleurs jouent un « jeu » dans lequel le profit de chacun dépend de ses propres décisions, mais aussi de celles des autres entreprises en présence sur ce marché.
La théorie des jeux
La théorie des jeux étudie les interactions stratégiques entre des acteurs (individus, entreprises...) avec des applications en économie, mais également en sciences politiques, en sciences sociales et même dans le domaine militaire. En particulier, elle a permit de comprendre la course à l’armement entre les États-Unis et l’URSS pendant la Guerre froide ou la course à l’armement nucléaire entre l’Inde et le Pakistan plus récemment. Elle permet également de comprendre la difficulté des pays à s'entendre pour lutter collectivement contre le réchauffement climatique.
L’étude des comportements en situation d’interdépendance est appelée théorie des jeux.
Quelles questions se poser ?
- Les joueurs en présence : qui interagit avec qui ?
- Les stratégies possibles : quelles actions sont possibles pour les joueurs ?
- L’information : ce que chaque joueur sait quand il prend sa décision.
- Les gains : quels seront les résultats pour chaque combinaison possible d’actions ?
Le dilemme du prisonnier
Présentation du dilemme du prisonnierdans sa version théorique.
Le nom de ce jeu vient d’une histoire fictive à propos de deux complices d’un crime arrêtées par la police (nous les appelons Thelma et Louise). La police a suffisamment de preuves pour les condamner toutes les deux à une peine d’un an de prison. On sait qu’elles ont commis un crime plus grave qui les condamnerait à une peine plus lourde (entre cinq et dix ans de prison), mais la police n’a pas les preuves de ce crime.
La police doit obtenir les aveux d’au moins l’une des deux filles, et, à cette fin, elle les place dans des bureaux séparés et leur présente la situation de cette façon.
- Si Thelma et Louise nient toutes les deux, elles seront condamnées à un an de prison chacune.
- Si une fille accuse l’autre alors que l’autre fille nie, l’accusatrice sera libérée immédiatement (sa sentence n’impliquera pas de prison), tandis que l’autre fille écopera d’une longue peine de prison (dix ans).
- Enfin, lorsque Thelma et Louise choisissent d’avouer et de s’impliquer mutuellement (ce qui signifie que chacune implique l’autre), elles écopent toutes les deux d’une peine de prison. Puisqu’elles ont coopéré avec la police, la sentence passe de dix à cinq ans.
Thelma et Louise ne peuvent pas communiquer entre elles avant de prendre leur décision ; elles ne savent pas ce que décidera l’autre. Ainsi, chacune d’elle va élaborer une stratégie, car leur condamnation ou libération ne dépend pas seulement de leurs propres actions, mais également des actions de l’autre.
On peut résumer la situation de cette façon : il est dans l’intérêt commun des deux prisonnières de ne pas avouer, mais il est dans l’intérêt individuel de chacune d’avouer.
La matrice des gains
Le Tableau 2.1montre les gains pour Thelma et Louise dans chacune des quatre situations hypothétiques – la condamnation qu’elles recevraient si les actions hypothétiques de chaque ligne et colonne étaient décidées – en utilisant une forme standard appelée une « matrice des gains ». Le terme de matrice désigne simplement n’importe quel tableau rectangulaire de nombres (ici, un carré).
Le nombre en bas à gauche de chaque case est la condamnation reçue par le joueur représenté en ligne (Thelma ici), le nombre en haut à droite est la condamnation reçue par le joueur représenté en colonne (Louise ici). Les gains/pertes sont écrits en termes de nombre d’années de prison.
Si chaque prisonnière agit rationnellement dans son propre intérêt, les deux avoueront. Mais si aucune des deux n’avoue, elles auront toutes les deux une peine de prison.
Tableau 2.1 - Matrice des gains : Thelma vs Louise
Adapté de la Figure 4.4 de L’équipe Core, L’Économie, 2018. Paris : Eyrolles.